Comme la pensée, que rien ne peut jamais enfermer contre notre gré,
la foi vit et se vit en toute liberté.
Telle les sciences qui ouvrent de nouveaux espaces, toute religion évolue,
même alors qu'elle proposerait un code moral
ou un système de pensée.
E. Winstein


Vivre,
croire,
réfléchir,
avancer

Bienvenue sur le site http://unionprotlib.free.fr de l'Union Protestante Libérale

Vous trouvez le blog de l'Union Protestante Libérale de Strasbourg à l'adresse suivante : http://unionprotlib.over-blog.com/ - Inscrivez-vous à la newsletter.

Contact : unionprotlib@free.fr

Sommaire du site

L'Union Protestante Libérale propose un terrain de rencontre où puisse se dérouler un débat respectant les sensibilités et les convictions de chacun, tout en affirmant l'exigence d'une réflexion et d'une recherche sérieuses et approfondies, tant sur le plan théologique qu'en matière d'analyse des questions de société.

Renseignements : Union Protestante Libérale, Ernest Winstein, président, 06 10 92 92 42. Mail: unionprotlib@free.fr ; Le site de l'UPL : http://unionprotlib.free.fr ; Le blog : http://unionprotlib.over-blog.com/

 

Les rencontres de l'UPL

" Prochaine rencontre "

Mercredi 24 février 2010 à 20h au FEC (Foyer de l'Etudiant Catholique) 17 Place St-Etienne à Strasbourg (et non au au Foyer Lecocq comme annoncé précédemment) : La question linguistique et les élections régionales, par Pierre KLEIN, Président d'"Initiative Citoyenne alsacienne" (ICA 2010)

Le thème :
L'Alsace, terre de passage, mais aussi de sédentarisation et de mixité se caractérise par une histoire linguistique et partant culturelle très riche. S'agissant de langues parlées ou de langues écrites, ont été présentes tout au long de l'histoire : le celte, le latin, l'allemand, le yiddish, le lorrain, le franc-comtois, le français et les langues issues des immigrations. C'est cette histoire que la conférence se propose de présenter. Mais au-delà d'un simple historique de l'emploi des langues, elle présente également l'histoire des langues elles-mêmes, tente d'analyser les raisons pour lesquelles les langues s'installent ou sont installées, vivent ou disparaissent, et de même pour lesquelles les Alsaciennes et les Alsaciens auraient intérêt à (re)construire leur certain bilinguisme.
Le conférencier Pierre Klein :
Professeur d'économie-gestion en retraite, Pierre Klein est Président de l'Initiative citoyenne alsacienne pour plus de démocratie, ICA 2010. Il a présidé le Cercle René Schickele de 1983 à 1988. Il est Président de la Société des amis de la culture bilingue en Alsace depuis 1991 qui a son siège à Haguanau.
Entre autres nombreux engagements, Pierre Klein a été membre de la commission rectorale d'élaboration du programme de langue et culture régionales (Recteur Deyon).
Pierre Klein est l'auteur de nombreuses publications. Il a notamment écrit :
- Camille Dahlet, une vie au service de l'Alsace, BF/SALDE, Strasbourg, 1983
- La question linguistique alsacienne de 1945 à nos jours, SALDE, Strasbourg, 1998
- L'Alsace inachevée, Jérôme Do Bentzinger Editeur, Colmar, 2004

Les publications de l'Union Protestante Libérale

(peuvent être commandées au siège de l'UPL 31, rue des Foulons 67200 Strasbourg)

Vient de paraître : " L'humanité de Jésus "

Recueil des textes des conférences du colloque des 29 et 30 mars 2008 à Strasbourg (Evangile et Liberté - Union Protestante Libérale de Strasbourg). Parution 22 janvier 2010. (Coût 8€ + frais d'envoi). Contributions de :
Ernest WINSTEIN, " Jésus a-t-il promulgué une nouvelle loi ? L'homme Jésus sur l'arrière-plan du Judaïsme de son époque. ", Jean-Paul SORG, " Jésus vu par Albert Schweitzer ", André GOUNELLE, " Le Christ, être nouveau ", " la résurrection ", " la foi et la vie chrétienne ", Frédéric ROGNON, " Jésus postmoderne ?".
Les réflexions et recherches des chercheurs et penseurs contemporains nous permettent d'approcher, même si l'entreprise est difficile, la personne du Jésus historique, de mieux saisir l'engagement concret du maître de Nazareth auprès de son peuple et, donc, d'être interpellés par lui quant à notre engagement dans le monde d'aujourd'hui. Bénéfique retour aux sources pour qui ose déposer quelques a priori ou formules traditionnelles sur le " sauveur ", le " rédempteur ", le " fils de Dieu ",...).

Les "Annales n° 4"

Le recueil est communiqué pour une participation aux frais de 5€ (frais d'envoi 1.30€ en sus). S'adresser à l'Union Protestante Libérale, 3, rue Calvin F 67000 Strasbourg. Tél. 03 88 35 24 54. Mail : unionprotlib@free.fr

Sommaire:

- Giordano Bruno, tel Jésus, coupable de liberté, de Philippe Kah. Jésus de Nazareth et Giordano Bruno, l'un et l'autre ont œuvré dans le monde des idées, délivrant un message, un enseignement pour le premier et cherchant le savoir, la science véritable pour le second ; les deux visant l'épanouissement de la liberté de l'auditeur qui sait comprendre. Au terme de leur parcours, les deux également connurent un destin tragique.
- L'existence devant l'inconditionné chez Paul Tillich, de Claude Conedera. TILLICH ne garde pas le cadre d'une philosophie critique qui sépare l'Etre et la pensée de l'Etre. Il lui faut un autre héritage : non une philosophie qui cherche les conditions de possibilité de la connaissance, le prix à payer est trop cher, mais une philosophie à la fois " critique et intuitive " qui unit l'Etre et la pensée de l'Etre.
- Le projet politique de Jésus, de Ernest Winstein.
L'engagement au service de Dieu a conduit Jésus, à sa manière, à un engagement " politique ". Nous ne projetterons pas sa royauté vers un futur éthéré, mais prendrons exemple sur cet homme de foi.

 

Prévisions :

Samedi 20 mars 2010 de 14h à 17h. Au Foyer Lecocq / Cour de l'église St-Guillaume Rue Munch à Strasbourg.
Colloque sur : "Evolution ou création. Vraie ou fausse alternative ?" Les poèmes bibliques de la création confrontés aux sciences
Avec :
- André SCHAAF, Professeur à l'Université de Strasbourg : L'évolution : des faits aux théories.
- Michel LEFEUVRE, Philosophe des sciences : Une théorie scientifique de remplacement à celle de Darwin.
- Ernest WINSTEIN : Des mythes pour dire la foi. Une approche historico-critique des poèmes de la création (Genèse 2 et Genèse 1).
- Débat et Conclusion : Evolution ou création : vraie ou fausse alternative?

Vendredi 28 mai 2010 à 20h15 (le lieu sera indiqué ultérieurement) : Vivre après la prison. Témoignage de Patrick DILS. Introduction par Gilbert GREINER.

Renseignements :
Union Protestante Libérale, Ernest Winstein, président, 31 Rue des Foulons F 67200 Strasbourg. Tél. 06 10 92 92 42. Mail : unionprotlib@free.fr
Le site de l'UPL : http://unionprotlib.free.fr
Le blog de l'UPL : http://unionprotlib.over-blog.com/ ; s'inscrire à la newsletter.

 

" Protestants en fête "

Pour que vivent la vie et le monde

C'est un souffle puissant qui s'est exprimé dans le rassemblement protestant français à Strasbourg, les 30-31 octobre et 1er novembre. Non pas que le protestantisme aurait gommé sa belle diversité - pourquoi le ferait-il d'ailleurs ? Mais c'est dans un même élan de fraternité que cette diversité s'est manifestée, sans mettre entre parenthèses la question difficile du devenir du monde.

Les messages donnés au culte final auront ciblé les enjeux d'une telle rencontre.
L'interpellation du pasteur Majagira Bulangalire nous touche au plus vif de nos interrogations : Jusqu'à quand notre humanité résistera-t-elle aux assauts déstabilisateurs des forces négatives qui sont en mouvement dans le monde d'aujourd'hui ? Quelle est notre réponse aux défis auxquels nous sommes confrontés ? Notre " être-chrétien " ne prend consistance que dans la rencontre avec ceux qui restent en marge. Fêter le protestantisme implique de s'ouvrir à un vrai partage.
Nous avons encore du chemin à faire, - ce chemin que beaucoup ont entamé en direction des plus défavorisés. Le major Danièle César, de l'Armée du Salut, semble constater que nous avons le bénéfice de la grâce, mais que si Jésus en appelle au bonheur, c'est parce que tant d'autres restent sur le bord de la route et que c'est face à eux, et pour eux, que nous sommes acteurs afin que le " Royaume " avance.
Lorsque, presque en même temps, nous chantons les paroles d'un cantique - pas si ancien : " Dieu sauve les siens ", nous nous rendons compte que les formules toutes faites ne nous sont pas d'une grande aide.
Quand le Président de la Fédération Protestante de France, Claude Baty, rappelle, en évoquant Luther, l'urgence de fêter ensemble la grâce de Dieu et de retrouver la simplicité du cœur, il nous invite aux gestes simples qui sont à la portée de tout le monde, et nous ne pouvons pas nous empêcher de penser qu'il faut aussi un élan plus général, plus coordonné, plus réfléchi pour transformer le monde qui a un peu perdu le sens de sa destinée.

Quel poids revient alors à ce rassemblement ?
La dynamique du rassemblement et son déroulement dans une ambiance fraternelle où toutes tendances peuvent cohabiter, voire se stimuler et chercher ensemble la route à suivre, nous encouragent à croire que la coexistence humaine dans un monde en devenir est possible.
Sur le plan du devenir du christianisme et de son dialogue intérieur, ce rassemblement montre aussi que la diversité peut s'exprimer dans le respect des différences. Tout en osant poser des questions de l'ordre de la logique qui doit aussi guider notre recherche de la vérité. Par exemple : le Père souscrirait-il à la souffrance humaine ? Si non, pourquoi continuer à interpréter la mort de Jésus dans un sens sacrificiel ? Le débat que nous avons pu tenir dans le cadre du rassemblement - Union Protestante Libérale et Paroisse St-Guillaume réunies - aura rendu attentif à ce genre de questionnement.
Nous rencontrons Dieu en Jésus ? En l'appelant le Christ, nous rappelons que son engagement l'a conduit au difficile vécu de la condamnation et de la mort. Il reste notre maître. Et si les évangiles consignent l'exemple de son engagement au risque de l'échec, voire de la souffrance, c'est parce qu'ils sont portés par des hommes et des femmes qui croient que la victoire est possible. Pour le monde. Pour chaque être humain. Le thème d'une prochaine fête protestante n'est-il pas déjà donné : " Pour que vivent la vie et le monde " ?

Ernest Winstein, Strasbourg 1er novembre 2009

 

Le 31 octobre 2009 - dans le cadre de " Protestants en fête ".
"L'actualité de la pensée protestante libérale"

La rencontre organisée conjointement par l'Union Protestante Libérale et la paroisse Saint-Guillaume de Strasbourg a sucité un vif intérêt. Une centaine de personnes s'étaient rendues au Foyer Lecocq où intervenaient André GOUNELLE, (ancien doyen de la Faculté de Théologie Protestante de Montpellier, ancien président de l'association Evangile et Liberté), Christophe KOCHER, pasteur de Saint-Guillaume, et Ernest WINSTEIN (Président de l'Union Protestante Libérale)


Actualité du protestantisme libéral - Christophe KOCHER

Accueil de la conférence " L'actualité du protestantisme libéral " proposée par la paroisse Saint-Guillaume et l'Union Protestante Libérale au foyer Lecocq

Mesdames, Messieurs, chers protestants en fête, soyez les bienvenus à St-Guillaume. Soyez tout particulièrement les bienvenus, Monsieur le professeur André Gounelle, et Monsieur le pasteur Ernest Winstein, président de l'Union Protestante Libérale.

Je me réjouis de vous accueillir, en tant que pasteur de ce lieu, pour cette conférence débat autour du thème de l'actualité de la pensée protestante libérale que la paroisse de Saint-Guillaume vous propose en partenariat avec l'Union Protestante Libérale. Je me réjouis aussi d'introduire en quelques mots ce temps de conférence et d'échange.

L'actualité de la pensée libérale : il ne s'agit évidemment pas d'un hasard si cette réflexion vous est proposée ici, dans les locaux paroissiaux de Saint-Guillaume. Saint-Guillaume n'est en effet pas seulement un haut lieu culturel avec une tradition musicale bien ancrée, notamment du fait d'une acoustique exceptionnelle et d'un chœur disposant depuis fort longtemps d'une grande notoriété. Mais Saint-Guillaume représente ce que l'on pourrait qualifier de " phare du protestantisme libéral alsacien ", l'histoire de paroisse étant marquée par la théologie libérale.

Et la pensée libérale demeure vivante ici, notamment par le biais de l'Union Libérale, association proche de la paroisse organisant des rencontres et des conférences visant à la fois à stimuler un esprit ouvert et critique, et à créer des articulation entre la recherche théologique et l'actualité, la culture, les sciences.

Plus globalement, et bien que je ne sois pasteur à Saint-Guillaume que depuis 1 mois, je pense pouvoir affirmer que la tradition libérale se ressent aussi au sein de cette paroisse par un état d'esprit privilégiant les questions plutôt que les réponses, des remises en question plutôt que des vérités figées, la recherche plutôt que l'adhésion.

Nous sentons déjà dans cet état d'esprit, plus précisément, dans cette manière de vivre la foi chrétienne, toute l'actualité de la pensée libérale, une approche de la foi en phase avec le monde d'aujourd'hui, où la spiritualité évolue davantage dans une quête existentielle, dans une recherche de sens d'individus à l'esprit critique, plutôt que dans une adhésion à des vérités préfabriquées…

Bref, la pensée libérale a toute son actualité, et le professeur Gounelle nous amènera tout à l'heure à entrer dans cette approche de manière plus fondamentale.

La question de l'actualité de la pensée libérale mérite toutefois d'être posée. Cette question, j'ai été amené à me la poser souvent, et tout particulièrement depuis que j'ai postulé à Saint-Guillaume et depuis le début de mon service ici, et pour cause ! Alors que j'annonçais en Suisse mon départ pour un ministère pastoral à Saint-Guillaume de Strasbourg, j'ai eu quelques surprises. Certaines personnes ayant fait une recherche sur internet m'ont interpellé quant à l'identité libérale clairement affichée : " c'est quoi ce libéralisme ? ", " tu vas dans une Eglise libre ? ", " si tu n'es pas pasteur de l'Eglise protestante, c'est la paroisse qui te payera ton salaire ? ".

Récemment, une personne me contacte pour un baptême ; elle me dit : " on m'a conseillé de m'adresser au pasteur de Saint-Guillaume, mais je suis protestante. J'ai vu sur votre site que vous, vous êtes libéral. C'est quoi ? " De même, certaines personnes, même proches de la paroisse m'interrogent quant à cette notion de " libéralisme " qui ne leur parle pas.

Ces anecdotes peuvent nous laisser songeurs… et je ne peux que me réjouir que dans le cadre du grand rassemblement protestant que nous vivons ce week-end, il existe un lieu consacré à la pensée libérale.

Certes, mes anecdotes mettent en évidence un problème de vocabulaire… et si la pensée libérale est des mon point de vue tout à fait actuelle, la terminologie désignant cette manière de vivre la foi ne l'est apparemment pas.

Faut-il le déplorer ? Faut-il inventer un nouveau mot ?

Je ne crois pas ; au contraire, il s'agit peut-être d'une chance. De manière tout à fait pragmatique, la non actualité de la terminologie suscite des interpellations et des questions, ce qui est une bonne chose.

Et plus fondamentalement, je crois que le libéralisme ne doit pas tant être une bannière qu'un état d'esprit ; j'irais même plus loin en affirmant que si la désignation " libérale " pose un problème évident de communication, c'est aussi cette difficulté précisément qui préserve la pensée libérale de se figer derrière une étiquette, et de devenir ce que justement elle ne saurait être : un corpus de doctrines auquel il faudrait adhérer, un moule au contours bien définis dans lequel il faudrait se fondre.

Je passe la parole au pasteur Ernest Winstein, président de l'Union Protestante Libérale.

Christophe Kocher, pasteur de Saint-Guillaume, Protestants en fête, 31 octobre 2009

Ernest WINSTEIN, L'actualité de la pensée protestante libérale, Introduction.

" Je crois que Jésus n'est pas Dieu, qu'il est humain comme nous ". Cette confession de foi pourrait évidemment être la mienne. Cependant, je cite là les propos d'une dame qui m'avait écrit à la suite d'une rencontre que nous avions organisée. Elle est de confession catholique et préfère d'ailleurs l'ambiance cultuelle catholique à un certain dépouillement protestant. Mais elle a trouvé là, auprès des protestants libéraux, le lieu où elle pouvait exprimer sa pensée personnelle.
Cette confession de foi est évidemment critique par rapport au dogme trinitaire selon lequel Jésus serait d'essence divine (fils unique de Dieu). Elle caractérise ce que l'on appellera une pensée chrétienne libérale.
Ni cette dame, ni aucun d'entre nous ne prétend se placer au-dessus des dogmes ou des enseignements des Eglises. Mais l'exemple ainsi choisi montre combien ces lieux d'expression libre de la foi sont importants.

Le thème de la rencontre et du débat que nous proposons indique que nous nous situons à hauteur d'une pensée ou d'un courant de pensée, non d'une structure ecclésiale qui aurait à défendre des positions doctrinales plus ou moins définitivement arrêtées.
Un courant qui veut être au service de toute réflexion en matière religieuse. Et l'on pourrait parler sans détour de l'actualité d'une pensée chrétienne libérale, voire plus largement d'une pensée religieuse libérale. Nous nous situons bien sûr dans un cadre à coloration plutôt protestante, comme l'adjectif l'indique, puisque le protestantisme est connoté de cette réflexion libre à l'égard de dogmes. Dans ce sens une réflexion protestante est déjà une réflexion libérale.

Pour la clarté des choses, je distinguerai, même si cela paraît un peu artificiel : une libre pensée religieuse, et une pensée religieuse libérale.
- Libre pensée religieuse, parce que non soumise. Qui, souvent, a tendance à rejeter toute structure.
- Pensée libérale, parce qu'elle a des exigences de clarté, de méthode, et qu'elle porte un souci éthique, des exigences quant à notre statut d'humains insérés dans un vaste ensemble qui demande une solidarité organisée pour subsister. C'est là notre propos.

1. Exigences d'une pensée chrétienne libérale

En parlant de pensée libérale, nous soulignons donc que cette pensée ne se confond pas avec une sorte de moralité débridée et anarchique, mais qu'elle requiert :
- l'appel à l'intelligence, à la mise à contribution de tout ce que les sciences nous apportent comme moyens de lecture de la société et qui sont autant d'agrégats en vue de la construction d'une terre viable. Il s'agit là d'une attitude de méthode.
- le sens de l'écoute et du dialogue - qui va de paire avec le refus de toute exclusion de l'autre. Il s'agit d'une attitude éthique.
Nous nous situons donc à l'opposé de tout fondamentalisme qui revendique la vérité pour lui-même et exclut toute autre pensée.

La base (motivation) : la foi.
Il est entendu que la base d'une pensée chrétienne libérale est la FOI. Nous l'entendons dans le sens d'une attitude de vie, une façon d'être et de vivre. Cette foi, n'ayant de réalité que dans le concret de la personne humaine.
Et, là encore, en parlant de FOI, il ne s'agit pas de principes qui seraient véhiculés à travers les temps comme des vérités définitives et immédiatement applicables, mais d'une ouverture à la vie ; CETTE OUVERTURE, en vertu de mes convictions intimes, je l'appelle " ouverture à DIEU ". - Dieu est l'objet de ma recherche, du questionnement au sujet du sens de l'existence - et là, je rejoins tout homme dans ses interrogations au sujet du pourquoi et du devenir de la vie et du monde.

Tradition et réflexion
Remarquons au passage que cette foi personnelle doit aussi beaucoup, et d'abord, à la transmission, à la tradition. Nous n'existons qu'en tant qu'êtres insérés dans des ensembles plus structurés : famille, société, église, communauté, les cercles culturels ; cette foi, la mienne, doit donc beaucoup (même lorsque la mienne en vient à s'y opposer) à la foi de ceux qui m'entourent, en particulier des acteurs de mon éducation. Si elle est une sorte de foi copiée, elle devient aussi, normalement dans une éducation qui n'enferme pas, une foi réfléchie, personnelle (cf. la réflexion d'un de mes fils qui avait alors 8 ans, à la suite de propos échangé au sujet de Jésus, et me dit : " je crois en Jésus, lui, on le voit, pas en Dieu, puisqu'on ne le voit pas ".

Les libéraux ne rejettent pas la communauté ecclésiale. Dans la multiplicité des opinions, nous partageons tous l'ouverture en direction de Dieu.
L'Union Protestante Libérale et Saint-Guillaume, tout comme " Evangile et Liberté " sur le plan francophone plus large, proposent des lieux de rencontre où ces questionnements peuvent s'exprimer, où tout un chacun est accueilli avec ses propres réflexions et se trouve libre de les formuler, d'avancer, de cheminer à l'écoute des autres.


2. Les points forts des penseurs libéraux

a) Du passé à aujourd'hui
Le courant libéral tient ses sources dans la revendication d'une pensée libre exprimée par les " Lumières " au 18è siècle.
La recherche de la vérité, plus précisément de la véracité historique a motivé largement les chercheurs, face aux textes bibliques qui posent problème à la raison. De là l'émergence du courant historique au 19è siècle.
Puis vient la recherche historico-critique - qui va plus loin, analysant les textes dans leurs structures littéraires, mythiques et sur l'arrière-plan historique où ces textes sont nés. Plus récemment, l'étude de la pensée des auteurs rédacteurs et les courants de pensées dont ils sont tributaires ont permis de se rapprocher du Jésus historique et d'en cerner des aspects importants.
On évoquera des noms comme Schleiermacher, Ernest Renan, Ferdinand Buisson, Albert Schweitzer (qui souligne la difficulté d'écrire une " vie de Jésus " qui soit historiquement tenable, compte tenu du fait que les textes dont nous disposons constituent déjà une grille de lecture ; et refuse l'idée d'un sacrifice expiatoire qui serait nécessaire au salut - voir en annexe la notice sur quelques points chers à Schweitzer, notamment en ce qui concerne sa confrontation avec les sciences), Charles Wagner (qui a pu développer une théologie du " salut sans la croix ") pour ne citer que quelques uns. Les néo-libéraux au 20è siècle et les artisans de la " Formgeschichte ", (Rudolf Bultmann, qui prend aussi en compte, en tant que théologien systématisant une pensée, le questionnement philosophique de l'existentialisme) auront fait avancer considérablement l'exégèse biblique en appliquant les méthodes d'analyse historico-critique, usuellement utilisées pour l'analyse des textes anciens.
Nous devons beaucoup, en ces temps plus récents aux théologiens qui ont animé et continuent d'animer le courant libéral, comme André Gounelle, Laurent Gagnebin et bien d'autres.

b) Quelques réflexions sur l'actualité de la pensée libérale

Aujourd'hui, nous constatons que la liberté d'expression et de foi revendiquée au 18è et 19è siècle porte ses fruits. Les connaissances au sujet de la formation et donc de la compréhension des textes bibliques ont considérablement progressé. L'homme Jésus de Nazareth nous est devenu plus proche, plus accessible dans son humanité.
Certes, ces données ne sont pas suffisamment exploitées. On accepte le travail des chercheurs, mais on rechigne à en appliquer les conclusions. On s'approche aujourd'hui mieux que jamais de l'homme historique Jésus et l'on continue à le confesser comme étant de pure divinité !
Les libéraux se doivent d'encourager à formuler des positions qui demandent du courage et en appellent à l'honnêteté intellectuelle.

Aujourd'hui encore, les libéraux se doivent d'être ouverts aux grands faits de société qui interpellent des croyants, notamment les mutations dangereuses du monde - une économie qui tend à tout niveler sur le plan mondial, le rythme du travail avec ses effets destructeurs sur la santé, pour ne citer que quelques exemples.

Enfin la pensée libérale en appelle à confronter les convictions avec les sciences qui interpellent les chrétiens, par exemple sur la question de la création (nous reprendrons cette question dans un colloque au cours de l'année 2010), c'est-à-dire aussi sur la question de Dieu. L'image même de Dieu change.
Voilà quelques pistes. A vous de serrer au plus près les questions qui se posent et qui méritent d'être reprises dans nos rencontres, nos publications, nos échanges organisés ou informels. Ou que nous continuerons à porter, tout en essayant de transcrire au quotidien de nos vies nos espérances, en dépit de ce qui porte atteinte à l'épanouissement de la vie, de nos vies, le mal et la souffrance.

Pour une conclusion
(Cette conclusion n'a pas été présentée)

1. A l'aide des recherches théologiques qui ne doivent pas être remisées dans les archives des Facultés de théologie, mais utilisées au quotidien du travail biblique, exégétique, retrouvons l'homme Jésus, les raisons de ses engagements. Ouvrons-nous aux exigences éthiques qui étaient les siennes. Et nous serons proches de Dieu comme il l'a été.

2. Lorsque nous posons la question du sens de l'existence (" pourquoi sommes-nous là ?"), laissons notre intelligence répondre que le hasard ne fait pas tout, que le fait d' " être là " énonce notre lien avec l'univers, avec la lumière ou cette puissance que nous appelons le divin. Et nous voilà articulés avec le divin : cette Lumière est constitutive de notre être et cette parcelle de lumière divine qui est en nous ne peut se perdre.

3. Notre foi nous aide à construire un lendemain pour nos enfants et successeurs. Luttons contre la tentation de mettre l'intelligence au service de la destruction, de la déshumanisation.
Faisons tomber les façades qui séparent les humains trop sûrs d'eux et de leurs convictions religieuses, économiques, pour avancer sur le terrain de la fraternité.

Les chrétiens, les Eglises, les chercheurs de vérité de toutes sortes ont besoin d'une pensée libérale suscitant des positionnements nouveaux. Que la théologie, l'Eglise, la société et tout un chacun soient interpellés, dans le sens d'un encouragement à la réflexion et une prise en compte des problèmes de société et du devenir de notre monde.

Ernest Winstein, Président de l'Union Protestante Libérale. Strasbourg, le 31 octobre 2009


Notice sur Albert Schweitzer

Albert Schweitzer met en doute l'idée de la nécessité pour le salut d'un sacrifice expiatoire de Jésus. Il critique la religion en ce qu'elle " fabrique de toutes pièces un monde où les énigmes seraient résolues " (Cf. Une pure volonté de vie, éd. Van Dieren, Paris 2002, p. 28 ; Le texte original a été publié en 1912). Il ose et encourage la confrontation de la religion et des sciences.
La rationalité ne s'oppose pas à la religion. " La religion élémentaire de la vie est purement rationnelle " (op. cit., p. 24).
" Est-ce que dans cette réflexion sur la vie, sur notre vie, n'affleurent pas, s'interroge Schweitzer, des représentations et des suppositions qui d'une manière ou d'une autre recoupent celles que l'on rencontre dans les religions historiques ?"
Plus la science s'étend et devient précise, plus elle révèle le caractère mystérieux de l'existence.
" Ce qu'est la vie, nous ne le savons seulement à partir d'une connaissance intérieure du phénomène de notre propre vie et nous transposons cette connaissance sur d'autres êtres, en supposant qu'il y a en eux une vie semblable à la nôtre (op. cit., p. 24).
" C'est la volonté qui fonde et porte la foi ; la foi est un savoir élaboré par la volonté ".
La " volonté de vie " est " la vie même qui " tend vers les formes supérieures dans la conscience et la volonté (op. cit., pp. 27-28).
Albert Schweitzer porte le souci d'inscrire sa réflexion dans le cheminement des Eglises : " Nous considérons les Eglises comme réformables : les protestantes, parce que tel est leur principe, parce que de grands esprits peuvent y œuvrer et créer des changements " (op. cit., p. 75), mais il se méfie des " savantes discussions qui ne font que dégrader la liberté de l'esprit " (ibid).
" Il faut que notre rapport avec l'Eglise soit vécu librement, comme tous les autres rapports que nous entretenons dans le monde " (op. cit., p. 78).
EW

Actualité du protestantisme libéral - André GOUNELLE
Le protestantisme libéral

Introduction
Je commence par une remarque introductive sur l'adjectif " libéral " qui, dans le contexte actuel, fait difficulté. En effet, depuis une trentaine d'années, le vocabulaire politique et économique, utilise le mot libéralisme pour désigner le " laisser faire ", le refus des réglementations, le rejet des contraintes et des contrôles, ce qui conduit, disent les adversaires du libéralisme ainsi compris, à favoriser une sorte de jungle où les plus forts écrasent les plus faibles. Mais dans la langue politique classique, libéralisme a un tout autre sens : il signifie la défense de la dignité et la promotion de la liberté de chaque être humain, à la fois contre un dirigisme ou un collectivisme despotiques et contre un " laisser faire " ou une permissivité anarchiques. L'autoritarisme et le laxisme mettent l'un et l'autre la personne en danger ; elle souffre tout autant de l'excès que de l'absence de contraintes. Le libéralisme, au sens classique, s'oppose à l'un comme à l'autre.
C'est en ce sens classique qu'on parle de " protestantisme libéral ". Il affirme que la foi est une affaire personnelle et libre; qu'il appartient à chacun de la penser et de l'exprimer à sa manière. Les disciplines, les cérémonies et les formulations ecclésiales ont de la valeur dans la mesure où elles aident les croyants (elles le font dans bien des cas), mais elles ne doivent pas devenir des fardeaux à porter ou des prisons qui enferment la pensée (ce qui arrive trop souvent). Sans cesse, il faut les réévaluer et souvent les réviser ou les réformer.

Orientations libérales
Cette précision introductive faite, je vais maintenant essayer de décrire à grands traits le protestantisme libéral. À mes yeux, il ne se caractérise pas tellement par des positions (il existe une grands diversité d'opinions et de tendances parmi les libéraux) que par des préoccupations et des orientations communes, dont il essaie de débattre aussi fraternellement que possible avec tous les chrétiens, y compris ceux qui ne sont pas libéraux. Le dialogue à l'intérieur de l'église mais aussi au dehors, avec ceux qui ne se réclament pas de Jésus Christ ou de l'évangile, lui paraît essentiel.
Je vais indiquer cinq grandes préoccupations et orientations qui me paraissent importantes.

Foi et réflexion
Première préoccupation : comprendre ce que l'on croit ; le protestantisme libéral souhaite un foi réfléchie ou une réflexion croyante.
Ce souhait ne va pas de soi. Pour beaucoup, la foi implique une rupture avec les logiques humaines, un saut dans l'irrationnel, l'acceptation de mystères inexplicables. Une célèbre formule de Pascal oppose le " Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob " au Dieu " des philosophes et des savants ". Dans cette perspective, certains croyants demandent à l'intelligence de se soumettre et aux fidèles de " s'abêtir ", selon un mot terrible du même Pascal. Ils ont fait l'éloge de la " sainte ignorance " et de la " foi du charbonnier ". La ferveur leur paraît préférable à la pensée.
Le protestantisme libéral se soucie au contraire de jeter des ponts qui mettent en relation la foi avec la pensée et les connaissances humaines. Il ne nie pas qu'il y ait du mystère et ne prétend pas que tout soit compréhensible. Néanmoins, sans confondre la foi et la raison, il cherche à les faire converger et se rencontrer. Comme l'écrit Paul Tillich : " Contre Pascal, je dis : le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, et le Dieu des philosophes est le même Dieu. "
Albert Schweitzer illustre bien cette première orientation. Il souligne que la religion a besoin de la pensée pour ne pas s'égarer ni se rabougrir. La spiritualité trouve dans la réflexion une alliée précieuse, voire indispensable et non une ennemie. La raison bien conduite reconnaît que quantité de choses lui échappent. Elle accepte ses propres limites et admet l'existence de dimensions qui la dépassent. Elle renonce à tout impérialisme. En même temps, elle entretient un esprit de critique et d'ouverture. Elle empêche de croire, de dire ou de faire n'importe quoi.
Jésus nous demande d'aimer Dieu non seulement de tout notre cœur et de toutes nos forces, mais aussi de toute notre pensée. Loin d'affaiblir et de menacer la foi, la réflexion l'approfondit et la consolide. Elle constitue la meilleure défense contre les extrémismes et les fanatismes qui guettent et menacent toujours la religion.

Une lecture informée et savante de la Bible
Deuxième préoccupation, celle d'une lecture informée et savante de la Bible. Longtemps, sans se demander d'où elle vient ni comment elle nous est parvenue, les chrétiens ont vu dans la Bible un livre homogène, au texte certain, clair, transparent, ayant un caractère sacré et revêtu d'une autorité surnaturelle et absolue. Implicitement, parfois explicitement, on considérait que Dieu l'avait directement dictée et en était le véritable auteur. Le travail des historiens, depuis deux siècles, a fait découvrir qu'elle est l'œuvre d'individus, de groupes et de communautés ; elle exprime leurs expériences, leurs sensibilités, leurs conceptions, voire leurs superstitions ; elle est diverse, parfois contradictoire et souvent énigmatique.
Quand on voit dans le recueil biblique non plus une révélation divine infaillible, mais un témoignage humain imparfait rendu à une authentique expérience spirituelle de rencontre avec Dieu, la lecture qu'on en fait devient critique. Critiquer ne veut pas dire nier ou détruire, mais opérer un discernement. La critique biblique s'efforce de distinguer le message qui est proclamé du langage qui l'exprime. Bien des pages de l'Ancien et du Nouveau Testament sont des contes, des fables, des légendes ou des mythes. Cela ne veut pas dire que ces pages ne valent rien, qu'elles sont bonnes à jeter, mais qu'on doit les lire non pas comme des récits historiques ou des comptes-rendus scientifiques, mais comme des paraboles. Personne ne se demande s'il y a eu vraiment un jour un bon samaritain qui s'est occupé d'un blessé sur la route de Jéricho à Jérusalem ; que l'histoire du fils prodigue soit une invention ou qu'elle se soit effectivement passée n'a aucune importance. Seul compte le message que Jésus nous délivre en racontant ces histoires. Il en va de même pour les textes qui parlent de la création du monde ou de la naissance de Jésus : il faut les lire, les recevoir, les comprendre comme des paraboles qui ne relatent pas des faits arrivés, mais qui délivrent un enseignement ou un message sous la forme imagée d'un récit.
Cette lecture critique de la Bible en détruit-elle l'autorité et ébranle-t-elle la foi ? Le protestantisme libéral ne le pense pas. En fait, ceux qu'on appelle des " créationnistes " parce qu'ils défendent une lecture littérale du premier chapitre de la Genèse, quelle que soient leur ferveur et leur sincérité, je ne les met pas en doute, ne nuisent-ils pas plus au christianisme et ne rendent-ils pas plus fragile la foi que ceux qui y voient des mythes à interpréter ? La lecture critique, dans un premier temps, secoue beaucoup de gens, c'et vrai ; mais, le choc une fois passé, on s'aperçoit vite qu'elle enrichit et approfondit notre compréhension de la Bible, Loin de nuire à son autorité, elle la sert en montrant le sens exact et la valeur juste de ce qu'elle apporte. Elle nous fait passer d'une lecture passive à une lecture active qui nous met sans cesse en quête du sens.

La nature de la doctrine
Troisième type de préoccupation et d'interrogation : l'autorité à accorder aux grandes doctrines chrétiennes, la nature des affirmations religieuses que les églises considèrent comme fondamentales et qui, pour elles, définissent la vérité.
Pendant longtemps a dominé une conception " objective " (on dit aussi " réaliste ") de la vérité qui la définit par la correspondance exacte entre le discours et la chose dont il parle. Un discours juste reflète la réalité comme un miroir ou la représente comme une photographie. Une affirmation est vraie quand elle décrit son objet tel qu'il est en lui-même. Les églises, les protestantes et la catholique, ont alors la conviction plus ou moins forte que leurs dogmes définissent exactement la nature profonde, l'essence intime ou la substance même de Dieu. Le croyant doit donc accepter ces dogmes avec soumission, sans rien y changer. S'il les comprend, tant mieux. S'ils lui sont inintelligibles, qu'il se soumette, mais qu'il n'essaie pas de les discuter ou de les modifier. La vérité ne dépend pas du sujet.
À la suite de Kant, la réflexion philosophique opère un renversement : elle souligne que notre description et notre analyse des objets dépendent tout autant de ce que nous sommes que de ce qu'ils sont. Avec des yeux différents, nous les verrions autrement. Nous les percevons à travers les " lunettes " de notre esprit qui tiennent à la constitution de notre être. Notre discours ne parle pas des choses telles qu'elles sont en elles-mêmes, mais telles qu'elles nous apparaissent en fonction de ce que nous sommes et de la situation où nous nous trouvons. Nous n'avons accès qu'à des vérités relatives, relatives autrement dit relationnelles. Elles naissent de la rencontre et de l'interaction entre un sujet connaissant et un objet connu, et le premier y joue un rôle au moins aussi important que le second.
Ce qui va conduire dans le domaine religieux à estimer que nos doctrines ne parlent pas de l'être de Dieu tel qu'il est en lui-même, mais de la manière dont il nous touche, nous atteint et s'inscrit dans notre existence. Du coup, quand l'expérience et la pensée des hommes se modifient, les doctrines doivent se transformer. Par exemple, lorsque les conciles des quatrième et cinquième siècles rédigent les doctrines trinitaire et christologique, ils utilisent les notions et concepts de la pensée hellénistique (en particulier du néoplatonisme). Ils ne disent pas la même chose que la philosophie de leur temps, mais ils en reprennent le vocabulaire et s'occupent de la " substance ", de la " nature " et des " instances " de Dieu. Ce langage date, nous ne le comprenons plus guère et il ne correspond plus à la pensée de notre époque. Au lieu de maintenir les formules anciennes, il convient d'en trouver de nouvelles, mieux adaptées à notre contexte, en sachant qu'elles seront, à leur tour, critiquées et révisées.
Selon l'orthodoxie chrétienne, les dogmes sont des énoncés absolus et définitifs. Ils sont vrais en eux-mêmes et leur valeur ne dépend pas de celui qui les énonce, de son langage, de sa culture, des événements et des situations. La théologie libérale, au contraire, ne voit pas dans les dogmes des vérités absolues qu'il faut nécessairement croire qu'on les comprenne ou non. Pour eux, la doctrine tente de penser de manière cohérente ce qu'on croit, elle donne une formulation réfléchie à ce qu'on vit dans l'expérience croyante. La doctrine n'est pas un objet de foi, elle est une expression relative de la foi ; elle ne dit pas ce qu'est Dieu, mais comment il nous atteint, comment nous le percevons. Et il faut accepter que cette perception change selon les époques, selon les personnes, selon leurs expériences et aussi selon le moment de leur vie.
Je vais me servir d'une comparaison pour éclairer ce point. Prenons des cartes de géographie. On en a besoin pour se situer et s'orienter, mais aucune n'est totalement juste, parce qu'elles figurent toutes une sphère, le globe terrestre, sur une surface plane. À la fois, elles traduisent et déforment la réalité qu'elles veulent représenter. De plus, une carte répond à un besoin, pas à d'autres : celle qui permet de préparer un voyage en auto ne peut pas servir à étudier l'économie d'un pays ou à déterminer le site d'atterrissage d'un vaisseau spatial. Quand on utilise une carte pour autre chose que ce pour quoi elle est faite, ou dans une autre situation que celle qu'on avait prévue en l'établissant, elle risque d'égarer. De plus, un pays change : des routes se créent, des villes se développent ; l'érosion, le réchauffement climatique, parfois des tremblements de terre modifient le paysage ; sans cesse on actualise les cartes et on les adapte au service qu'on en attend. Il en va de même des doctrines. Ce qu'elles affirment est juste, mais seulement jusqu'à un certain point et dans un cadre limité. Il faut avoir conscience de leur relativité, sans tomber dans le scepticisme. Elles expriment plus ou moins bien, sans jamais le faire parfaitement une vérité ou une réalité.

L'attention aux personnes
Quatrième préoccupation : l'attention à la personne dans son individualité, le respect des cheminements spirituels propres à chacun. Il y a dans le libéralisme une insistance sur l'existentiel et le vécu qui relègue au second plan les systèmes doctrinaux et les appareils ecclésiaux. Les fidèles ne sont pas au service de la doctrine et des églises et n'ont pas à s'y soumettre ; au contraire, les églises et les doctrines sont au service des fidèles, et doivent s'adapter à leurs besoins. L'église n'a pas à dicter à ses membres leurs croyances et leurs attitudes, à leur imposer une dogmatique ou une morale. Elle a pour rôle de les aider à s'informer, à réfléchir, à se forger des convictions personnelles.
Cette insistance sur le vécu a pour conséquence le refus de condamner et de rejeter ceux dont on ne partage pas les options, même si on a le sentiment qu'ils se trompent gravement. On peut et on doit discuter avec eux, essayer de leur expliquer et de les convaincre. On n'a pas le droit de leur imposer silence, de les obliger à se soumettre ou de les traiter avec dédain. Le respect de l'autre demande qu'on accepte la différence et la divergence. Là où l'erreur n'est pas libre, disait Alexandre Vinet, la vérité ne l'est pas non plus. C'est pourquoi les groupes libéraux sont en général pluralistes ; on y admet des positions et des attitudes très diverses, à condition qu'elles acceptent de s'écouter et de dialoguer.
L'importance donnée aux individus ne se confond pas avec le repli individualiste sur soi ; il s'accompagne d'un souci des autres et d'une insistance sur la responsabilité éthique. Ici également, Schweitzer est emblématique : il nourrit une mystique personnelle indépendante et profonde, il n'est pas prisonnier des conformismes ecclésiaux ni soumis aux autorités ecclésiales, même s'il ne rejette pas les églises et leur est même attaché ; il a une totale liberté doctrinale, qui va parfois très loin ; il se montre par exemple très audacieux dans le cours qui a été publié sous le titre " une pure volonté de vie ", dont j'ai parlé en 2005 au colloque organisé à l'université Marc Bloch par notre regretté ami Bernard Kaempf. Ce n'est pas malgré son individualisme, mais parce qu'il est un individualiste que Schweitzer a un sens très exigeant de sa responsabilité envers les autres. Il ne se décharge pas du soin d'autrui sur des organismes sociaux, sur des commissions, sur des spécialistes. Il s'engage personnellement. La misère du monde, c'est son affaire, c'est l'affaire de chacun de nous et il faut s'en occuper. Croire implique qu'on pense, qu'on réfléchisse et aussi qu'on agisse et s'engage. La foi est indissociablement une mystique (une expérience spirituelle) et une éthique, comme le souligne souvent Schweitzer. Un individualisme authentique a toujours une dimension communautaire.

L'ouverture aux non chrétiens
Cinquième et dernière préoccupation : l'ouverture aux non chrétiens, le souci de dialoguer avec eux.
Les non chrétiens, ce sont d'abord les athées. Le protestantisme libéral a beaucoup dialogué avec les libres penseurs à la fin du dix-neuvième et au début du vingtième siècle. Nous en avons un exemple avec Charles Wagner, un alsacien installé à Paris, qui s'est efforcé dans des textes écrits pour l'école laïque de formuler le message évangélique dans un langage non religieux ; Schweitzer a aussi traduit le message de l'évangile dans un vocabulaire non ecclésial en parlant de " respect de la vie ". Autre exemple : le travail de Laurent Gagnebin sur grands auteurs athées de la seconde moitié du vingtième siècle. Le titre qu'il a donné à la réédition récente de ses livres " l'athéisme nous interroge " est significatif : il ne s'agit pas d'interroger l'athéisme, mais de l'écouter, de se laisser interpeller par lui, car ce qu'il dit nous permet de percevoir nos manques, nos insuffisances, nos défauts. Ouverture aux autres, parce que les autres ont des choses à nous dire et à nous apprendre, tout autant qu'ils en ont à recevoir de nous.
Les non chrétiens, ce sont aussi les fidèles des autres religions. Le christianisme classique, à quelques exceptions près, a condamné sévèrement les religions non chrétiennes. Il a affirmé qu'il y a une seule révélation, celle dont témoigne la Bible. Ce qu'on rencontre ailleurs est faux, mensonger, peut-être diabolique. On a longtemps appelé " infidèles " (au sens d'étrangers à la foi véritable) les bouddhistes, les hindouistes, les musulmans, etc.
De nombreux libéraux, au contraire, pensent que Dieu agit et se manifeste partout dans le monde, et qu'on trouve en dehors du judéo-christianisme d'authentiques valeurs spirituelles. Des théologiens libéraux, tels que Troeltsch, Schweitzer, Tillich, Hick, Cobb, se sont préoccupés du dialogue interreligieux. Souvent, on leur a reproché cette ouverture dont on craignait qu'elle ne les conduise à abandonner ou à atténuer l'exclusivité de l'évangile. Mais qu'il soit pour nous la référence privilégiée et la norme suprême, nous oblige-t-il à mépriser et à écarter les spiritualités non chrétiennes ? Devons-nous au nom de l'évangile récuser Gandhi ou le dalaï-lama, condamner le soufisme, et juger impies ou idolâtres les grands spirituels de l'Inde ou de la Chine ? Beaucoup de protestants libéraux estiment que si les chrétiens ont des choses à apporter aux autres, ils en ont aussi à recevoir d'eux. Cette attitude, naguère minoritaire, tend aujourd'hui à se généraliser. Actuellement, toutes les églises se demandent quelle signification donner, quelle valeur accorder aux autres religions, et quelles relations établir avec elles.

Conclusion
Voilà les cinq thèmes que j'ai choisis pour caractériser le protestantisme libéral. Je conclus par une remarque que j'entends souvent. Si le protestantisme libéral, nous dit-on, a mené naguère des combats nécessaires, il n'a plus aujourd'hui grand sens, il a perdu sa raison d'être parce qu'il enfonce des portes largement ouvertes. La grande majorité des chrétiens ne partagent-ils pas les préoccupations et orientations que je viens de définir, alors qu'ils ne se considèrent nullement comme libéraux?
Cette remarque ne manque pas de pertinence et de justesse. On rencontre beaucoup de libéraux qui s'ignorent, voire qui refusent cette étiquette. Dans les Églises, les idées libérales ont largement fait leur chemin, se sont en grande partie imposées. Dans aucune Faculté de Théologie, par exemple, on ne conteste actuellement la nécessité d'une critique historique de la Bible. Toutes les grandes Églises s'interrogent sur les possibles révision de leurs doctrines, et s'intéressent au dialogue entre religions. Un orthodoxe du dix-neuvième siècle qui reviendrait parmi nous estimerait probablement que le libéralisme a triomphé dans le protestantisme et s'est largement répandu dans le catholicisme.
Toutefois, deux remarques viennent nuancer ce constat, et conduisent à affirmer que le libéralisme a encore un rôle à jouer, une mission à remplir.
- D'abord, diffuser des idées, entretenir des débats, maintenir une attitude d'ouverture est une tâche qui n'est jamais achevée; chaque époque doit la reprendre. Si certaines des idées du protestantisme libéral se sont répandues, au point qu'on considère qu'elles ne lui appartiennent plus, tant mieux. Il n'en demeure pas moins qu'elles sont toujours menacées, et qu'il faut les cultiver. On n'est pas libéral une fois pour toutes; on le devient à chaque instant par un effort et une vigilance toujours à renouveler.
Ensuite, dans le monde chrétien, de courants anti-libéraux se manifestent fortement et on a même parfois l'impression qu'après avoir été affaiblis, ils reprennent aujourd'hui de la vigueur. Ainsi, on assiste à une montée du créationnisme aux Etats-Unis, au développement d'Églises et de mouvements à tendance fondamentaliste un peu partout dans le monde ; on a le sentiment que Rome, malgré l'ouverture de certains catholiques, favorise à nouveau un doctrinarisme rigide, que dans les pays orthodoxes il y a un grand attrait pour l'obscurantisme. À la conférences des Églises d'Europe, au Conseil Œcuménique des Églises, on est plutôt mal reçu si on critique, par exemple, le dogme trinitaire, si on y voit une expression discutable et relative, et non le fondement de la foi chrétienne.
Aussi, le combat du protestantisme libéral me semble ne rien avoir perdu de sa nécessité et de son actualité. Ce combat ne me paraît pas plus difficile qu'autrefois et naguère. Il s'agit de lutter contre l'autoritarisme religieux (y compris contre le nôtre), de se battre pour maintenir l'ouverture et la recherche en dépit du confort des idées toutes faites. Je parle de combat ; je précise qu'il ne s'agit pas de susciter des luttes et d'entretenir des polémiques, mais de maintenir une réflexion, de participer à des débats qu'on souhaite fraternels, même avec des adversaires dont on peut comprendre les craintes et écouter les critiques. Le protestantisme libéral ne se considère pas comme un but, mais comme un moyen, un instrument au service des hommes de bonne volonté, libres penseurs ou libres croyants. Il ne prétend pas les enrégimenter sous sa bannière, mais dialoguer avec eux, les aider dans la mesure de ses possibilités, et aussi recevoir et apprendre d'eux.
André Gounelle, le 31 octobre 2009

 

C'était

Le 31 octobre 2009 - dans le cadre de " Protestants en fête ".
"L'actualité de la pensée protestante libérale". Avec André GOUNELLE, (ancien doyen de la Faculté de Théologie Protestante de Montpellier, ancien président de l'association Evangile et Liberté), Christophe KOCHER, pasteur de Saint-Guillaume, Ernest WINSTEIN (Président de l'Union Protestante Libérale)

Le 13 juin 2009 : Une sortie en Alsace du Nord - qui a fait la joie des amateurs de l'architecture religieuse - permit de découvrir : Les vitraux et l'église abbatiale de Walbourg (liaison avec les vitraux de la tribune du chœur de St-Guillaume), l’abbatiale de Surbourg (XIè siècle), les joyaux architecturaux de Wissembourg (e.a. couvent des Augustins, 1279) et d'Altenstadt, et de déguster l'art cullinaire de Christelle S à Obersteinbach.

Le 17 avril 2009 : Philippe KAH, Membre du Comité de l'UPL : "Egarements religieux ? Les lumières de Philippe de Marnix de Sainte-Aldegonde" - 1536 à 1596 - relatives aux égarements et aux tâtonnements des formes religieuses du monde contemporain ". Publié en 1568, " Le tableau des différends de la religion ", l'un des premiers chefs d'oeuvre de la langue néerlandaise, par sa jovialité et sa précision satirique, permet de dégager des principes spirituels dont l'application supplante les interminables fluctuations confessionnelles et théologiques.

Le 16 mars 2009 : Conférence de René ECKHARDT : " Europe et mondialisation. Approche économique. Forum : "Europe et mondialisation : quels choix ? quel poids?" avec Sandrine BELIER, Europe-Ecologie, et Catherine TRAUTMANN, Députée européenne (PS).

Le 13 février 2009 : Annick KOCHER, Le regard de Dieu chez Calvin : menace ou bénédiction ? ". Annick Kocher est théologienne, doctorante (sujet de thèse en cours : "le regard de Dieu").
Le regard divin, omniprésent et tout-puissant, constitue-t-il une menace ou une bénédiction pour qui se sait observé en permanence ? Les réflexions de Jean Calvin à ce propos, telles qu'il les expose notamment dans les Sermons sur Job, s'avèrent riches d'enseignements à cet égard, et proposent des pistes pour penser le regard de Dieu aujourd'hui, dans une société focalisée sur le regard.

Le 14 janvier 2009 : Daniel RIOT, directeur de relatio-europe (www.relatio-europe.eu) et auteur de "L'Europe cette Emmerdeuse", (éd. City): Où va l'Union Européenne? "Du projet de Constitution rejeté au Traité de Lisbonne à l'application incertaine, l'Union européenne peut-elle devenir une puissance politique qui pèse sur le cours des événements mondiaux ou restera-t-elle une entité économique et commerciale?"

Le 6 janvier 2009 : Ernest WINSTEIN, La nécessaire identité.
"L'être humain n'est pas un pion anonyme sur l'échiquier froid du monde. Son identité, forgée à l'aune des cultures qui l'ont baigné, qu'il a choisies ou... rejetées, qu'il construit avec les groupes humains qui le portent, n'est pas facteur de repli mais d'ouverture.

Le 28 novembre 2008 : Michel JAS, Pasteur, Président d'" Evangile et Liberté " (Montpellier), présentait : " Les cathares ? De Toulouse à Strasbourg. Sont-ils adeptes de la même " hérésie " ? Essai d'analyse historico-critique."

Le 3 octobre 2008 : Les élections américaines et la religion. Dossier réalisé et présenté par Nathalie Leroy-Mandart et Zahra Si-Youcef (membres du comité de l'UPL) ; table-ronde, avec Mme Caroll M. Simpson, pasteur de l'International Church of Strasbourg et Mme Susan Valliant, Présidente des Democrats Abroad - Strasbourg Chapter. (Voir le dossier complet en page 7)

 

Ces migrants que nous sommes. Réflexion

Marcher avec ceux qui marchent

Partir ou venir ?
Pour ceux qui restent, ils sont partis.
Pour ceux qui les voient venir, ils arrivent.
Sait-on où ils vont ? Et d'où ils viennent ?
Et puis, il y a ceux qui n'arrivent jamais. Parce qu'il n'y a pas de terre promise.
Ceux qui sont toujours en route, parce qu'ils ont appris à vivre ainsi.
Et ceux qui n'ont pas choisi de partir… Ils sont là, sans retour, ni destination possibles.

Qui? Les migrants

Ceux donc, qui tracent leur destinée, ou qui arrivent, ceux qui voguent à leur insu, ou qui sont simplement là, au milieu de nous, sont-ils si différents de nous, les sédentaires ? De nous, qui sommes attachés à nos habitudes, notre gagne-pain, nos maisons, notre famille et nos amis… ? Serions-nous - seraient-ils - d'une autre planète ?

Plus que jamais, même les sédentaires bougent et sont obligés de bouger. La médaille du travail récompense une stabilité qui n'est plus qu'une vague survivance, puisqu'il faut s'adapter sans cesse, être mobiles pour être performants et compétitifs. Lâcher des repères qui n'en sont déjà plus…

Pourtant, migrants ou sédentaires, nous avons besoin de quelques abris qui nous permettent d'exister sans cette fuite perpétuelle et diabolique vers l'avant ; qui nous permettent d' " être ", tout simplement…

Acceptons de savoir que nous ne pouvons jamais l' " être " qu'en ouverture à l'autre. Aux autres. En nous ouvrant à l'autre. En existant, dans la différence, mais ensemble.

Alors, migrant ou sédentaire, quels sont nos besoins communs, sinon d'avoir l'homme comme vis-à-vis. L'homme qui ne juge pas a priori. Que l'on ne juge pas a priori. D'être et de reconnaître l'homme qui sait puiser dans ses fonds du passé l'énergie et le vécu qui font vivre, et respecter en lui-même et en l'autre un même besoin identitaire. Au fond, faire ensemble un bout de chemin, chacun aidant l'autre à trouver son chez soi, à le découvrir, à le partager.

Ernest Winstein, Avril 2009

 

 

Réflexion

" Suis-je encore croyant ? "

Il y a peu, je me suis trouvée confrontée à cette question, et j'ai eu envie de mettre en mots quelques éléments de la réflexion qui s'est amorcée.

D'abord un constat : voilà encore une de ces questions directes qui viennent se ficher au cœur même de l'individu ! Elle nous apostrophe, nous attrape, nous convie à un " arrêt sur image " dans notre propre vie, ici et maintenant. Quels échos cette question suscite-t-elle en moi aujourd'hui, que puis-je en dire?
Que la réponse soit de l'ordre du " oui ", du " non " ou du " je n'en sais rien", il y a à entrer en dialogue - ne serait-ce que dans un dialogue intérieur avec nous- mêmes.

La question posée doit être entendue avec l'indispensable grano salis, le petit mot qui fait toute la différence : " encore " !
En effet, il n'est pas tant question ici de savoir si je ou nous sommes croyants ou non, mais si nous le sommes " encore " : ce n'est pas pareil ! Synonyme de " toujours ", il sous-entend une durée, laissant entrevoir aussi le fait que nous pourrions ne plus l'être, l'être encore ou à nouveau, et donc que nos croyances au sens large du terme sont passibles de variations.

Etre croyant… ? D'emblée, c'est pointer sur quelque chose de la réalité propre de chacun : si le verbe " être " évoque l'identité et l'appartenance, " croyant " nous renvoie à une attitude intérieure, une posture existentielle : est croyant celui qui soumet, subordonne son existence toute entière à une instance qu'il reconnaît comme supérieure : autrement dit qui place sa confiance en quelque chose qui le dépasse et qui ne se laisse prouver. Dire " je crois en… " est plus qu'une attitude intérieure, c'est l'expression d'un élan vers une transcendance à laquelle je me réfère.

Mais là n'est pas la question. " Suis-je encore croyant ? ", cela se situe à un autre niveau. En effet, je peux disserter sur ce que signifie " être croyant " comme sur un phénomène abstrait ou d'une certaine manière désincarné. C'est une formule infinitive qui n'engage personne… Or la question telle qu'elle m'est ici adressée me contraint à m'interroger en tant que sujet, et me fait assumer un énoncé en " je ". Plus qu'un commentaire sur mes éventuels états d'âme, c'est un discours par lequel j'engage ma personne toute entière qui va s'énoncer, au travers duquel je peux - ou je dois - dévoiler et affirmer un choix de vie en lien avec une transcendance. Me dire " croyante ", c'est me dire engagée dans une relation à une instance ultime. Relevons au passage que la question ne porte donc pas - du moins pas explicitement - sur l'objet du croire, sur la transcendance dont je ou nous nous réclamons. De fait, on peut se dire croyant sans être chrétien, chrétien sans être croyant, mais aussi croyant et chrétien.

Dans le fond, est-ce qu'on peut" ne pas être croyant " ? Je veux dire, l'existence humaine serait-elle seulement pensable sans ces références, ces appuis, ces repères qui à la fois nous échappent et nous permettent de nous structurer et d'orienter notre vie ? La transcendance peut prendre moult visages et nous tenons à propos de ce qui nous dépasse un discours fort qui engage le je qui le prononce.

Je crois en rien, au néant, au non sens ou à l'absurde de l'existence est à sa manière une façon de se situer, de s'affirmer et de s'engager comme sujet. Nier l'existence de Dieu, obéir à des valeurs morales ou des idéaux est aussi un engagement, de même que les divers aspects de notre réalité que nous sacralisons sans le savoir, et dans lesquels nous nous investissons sans compter : la réussite professionnelle, l'argent, un sport, que sais-je encore.

Pourtant l'objet du croire ne peut être passé totalement sous silence. D'abord parce que les expériences qui tissent notre existence sont autant d'occasions de revoir, de réajuster la manière dont nous percevons cet objet, et dont nous en rendons compte. J'y vois donc une affaire de représentations. Pour moi, la transcendance immuable, c'est ce que je nomme Dieu. Les représentations que je m'en fais, ma façon de le penser évoluent, se modifient. L'image que, petite fille, je me faisais de Dieu n'est pas celle que je m'en suis faite comme adolescente. Cette mise à jour, pour moi s'est faite parfois tout naturellement. D'autres passages ont été plus difficiles à traverser et ont requis des choix, des renouvellements. " On constate non pas la faillite de Dieu lui-même, mais celle de notre manière de le penser, d'en parler, de le vivre " écrit André Gounelle ("Après le mort de Dieu ", coll. Alethina, éd. L'Age d'Homme, Lausanne, 1974, p.23). Certes, le constat de Gounelle porte sur l'Eglise dans la société d'aujourd'hui, mais il est transposable et également pertinent sur le plan de l'individu.

" Suis-je encore croyante ? " Oui, certainement ! Je me reconnais engagée à la fois par le " je " d'un sujet parlant, par le " suis " qui m'enracine dans mon existentiel, et par le " croire " qui signifie ce mouvement vers la transcendance et qui m'oblige à vérifier la pertinence de ce que j'en comprends. Ainsi, pour moi, l'idée de durée évoquée plus haut n'est pas tant une durée-continuité, mais une durée qui se construit au fur et à mesure des circonstances de la vie, de mes relations au monde et à Dieu, de ma manière de les penser, de me les représenter.

C'est une démarche exigeante que de rester en quête et en questions, c'est également une démarche risquée dans laquelle le sens de l'existence est mis en jeu. Pour moi, il n'y a pas de vie bonne ni de croissance intérieure sans ce travail de questionnement sur ce que je perçois de Dieu, du monde et sur ce qu'on me dit de Dieu et du monde. C'est un questionnement qui me semble vital parce que relationnel, existentiel parce qu'expérientiel, et vivant tant qu'il n'est pas ligoté par des réponses définitives.
C'est un questionnement qui est porté par les mots du dialogue et de l'échange, par la parole au sujet de cette Parole qui le fonde et lui donne souffle.

Christine Leuenberger, Lausanne, 05.10.2008

 

 

 

Autour du colloque sur " l'humanité de Jésus "
(29-30 mars 2008 à Strasbourg)

Approcher l'humanité de Jésus libère la parole

L'importante participation à notre colloque sur " l'humanité de Jésus ", organisé conjointement par l'Union protestante Libérale, Evangile et Liberté et la paroisse Saint-Guillaume, a montré combien l'intérêt pour l'homme Jésus est vif.
La thématique a trouvé des échos, bien au-delà du cercle des participants, et jusqu'en Suisse, à Luxembourg, en Belgique, à La Réunion. Le débat ainsi ouvert a permis à certains d'exprimer leur propre questionnement, de nous livrer leurs pensées et interrogations. Nous aurons sans doute contribué à une sorte de " libération " que d'autres attendent sans trop oser l'espérer…

Décaper patiemment le vernis du dogme

Une correspondante nous écrit avoir découvert, il y a peu de temps, le site de Théolib, en même temps que plusieurs livres d'André Gounelle qui l' " ont réellement réveillée et secouée ". C'était, pour elle, le moment d'ouvrir tout un questionnement et de constater :
" Tout cela m'a permis - me permet - de décaper patiemment une sorte de vernis dont je n'avais pas conscience. . Oser questionner le dogme, la tradition, mon rapport à la tradition, je l'ai toujours fait " à voix basse " : j'ai longtemps fait partie de ces rebelles tièdes qui se taisent pendant que l'assemblée récite le "credo" ! Oser explorer d'autres manières de faire, de dire, questionner mes représentations, et celles des autres religions, j'apprends à le faire maintenant " à haute voix ".

" La remise en route d'un questionnement théologique… m'a permis de me dégager de certaines loyautés (le " religieusement correct "). Je ne me souviens pas avoir entendu discuter la divinité de Jésus, la question trinitaire, ni réfléchi au(x) sens du " mort pour nous " et ni du sacrifice, ni de la résurrection : et pourtant cela me paraît aujourd'hui fondamental ! Peut-être n'ai-je pas su entendre le discours : il m'aurait trop déstabilisée ? Possible ! Toujours est-il que là où je suis maintenant, les réponses toutes faites ne me conviennent plus.
Questionner, pour moi, ce n'est pas démonter mais plutôt explorer : les textes bibliques, la tradition et mon rapport à l'histoire, les contextes, confronter des représentations et notre expérience (s) de Dieu... Tout passe par le lien, le partage, l'échange.
Une des questions qui surgit aussi, c'est le " et alors ? " Des choses changent pour moi, mais ensuite ? J'en fais quoi, je vis ça comment, au niveau de ma paroisse, de ma communauté ?"

Et c'est là que l'on se rend compte que l'important pour chacun, n'est pas de vivre ce que dit l'Eglise (quelle qu'elle soit) mais de vivre notre foi, cette foi qui n'est jamais acquise, qui n'a de réalité que vécue et prend corps à travers nous.
Notre correspondante pose justement la question de savoir si, " dans le fond, une communauté est vraiment nécessaire ? ", " et sous quelle forme ? "

Oser réfléchir librement permet aussi de tisser des réseaux

Constatons que, dès lors qu'une réflexion s'engage, une forme de communauté naît. Cette réflexion n'est possible qu'à partir d'expressions de la foi qui naissent elles-mêmes à partir d'un " partage de foi " ou de telle ou telle forme de vie ou activité ecclésiale. Dans ce sens, une structure ecclésiale classique, institutionnelle, sera utile. Mais ne sera pas d'une impérieuse nécessité. En effet, il est plus important que nous donnions forme aux vérités découvertes, que nous transcrivions au quotidien nos choix que le cheminement, la réflexion, le libre débat auront permis de profiler ou de préciser.

On pourra dire que ces lieux de libre-débat, - proposés par exemple par l'Union Protestante Libérale et d'autres organisations proches comme Evangile et Liberté, Théolib, etc, favorisent, implicitement ou explicitement, l'émergence de réseaux qui sont autant de lieux d'église - ceux-ci ne vont pas à l'encontre des Eglises-institutions, mais les complètent, les interpellent, donc les stimulent !

Dans ces réseaux peut s'exprimer ce qu'une participante à notre colloque appelle l' " amour de Jésus " - elle le dira sous forme d'une interpellation qui, forcément, nous touche : " vous n'aimez pas Jésus comme Schweitzer l'a aimé " ! Honnêtement, en dépouillant notre approche de toutes ces grilles de lecture qui ont été longtemps imposées, et qu'on a longtemps imposées, nous nous sentirons certainement très proches de lui, Jésus. Nous nous sentirons proches de l'homme, de sa foi, de son engagement. Comment l'aimer plus?!

Ernest Winstein



Le 4ème numéro des "Annales de l'UPL" (extraits)

Le projet politique de Jésus (extrait)

Introduction

Jésus a-t-il eu un engagement politique ? A-t-il soutenu ou construit un " projet politique " ?
Le simple fait de poser la question scandalisera ceux qui auréolent Jésus d'absolue sainteté et n'imaginent pas qu'il ait pu se laisser aller à des contingences de pouvoir. D'autres chercheront auprès du maître de Nazareth une justification ou une impulsion à leur engagement dans la société d'aujourd'hui.
Considérons d'emblée qu'en attribuant à Jésus le titre de " Christ " nous lui reconnaissons la qualité de messie, donc de roi.
...
La question n'intéressera guère ceux qui ont une vision pessimiste de la politique, comprise comme un ensemble de manœuvres destinées à influencer le cours des choses pour permettre à ceux qui détiennent les leviers du pouvoir d'en tirer un profit maximum. Il seront même scandalisés à l'idée que Jésus, s'il était le " fils unique " et éternel de Dieu, ait pu s'abaisser jusqu'à se mêler de gérer les affaires du monde.
Par contre, si la politique est comprise comme la responsabilité civique de tout un chacun, et si nous percevons Jésus comme un homme sensible au devenir de son peuple et à la dignité de ses contemporains, nous serons motivés pour creuser la question du rôle politique qu'il a pu jouer.

C'est dans ce sens dynamique et positif que nous définirons le mot " politique ", en nous appuyant sur la signification qu'en livre l'étymologie. ...Se pose ensuite la question des moyens à mettre en œuvre pour atteindre les objectifs que se donne un projet politique.

Un royaume digne d'être appelé de Dieu suppose la mise en œuvre d'une justice qui soit à l'aune de celle de Dieu.
Comment alors le comportement de l'homme Jésus anticipe-t-il sa qualité de futur messie ? Quelle " justice " met-il en œuvre ?
Quelle image de Jésus nous livre le Nouveau Testament lorsque nous posons la question de son engagement pour une transformation de la société de son époque et quant au devenir de son pays ? Jésus a-t-il fait de la politique partisane ? A-t-il rallié un parti politico-religieux plutôt qu'un autre ? En aurait-il même créé ?
Quelles conséquences peut avoir pour nous l'engagement de Jésus, sur le plan de notre engagement ou responsabilité politique? Pour quel engagement politique les citoyens d'aujourd'hui se trouvent-ils stimulés par Jésus ? Existe-t-il un engagement "neutre", non partisan?
Ernest Winstein (Extraits du n° 4 des "Annales de l'UPL")

L'existence devant l'inconditionné chez Paul TILLICH (La foi dans la culture contemporaine). Extrait

Paul TILLICH (1886-1965) : dogmaticien, théologien de la culture, théoricien du socialisme chrétien, philosophe. Ces qualificatifs dépeignent en quelques mots une œuvre qui est l'une des grandes synthèses théologiques du XX° siècle. Une œuvre commencée en Allemagne (Berlin, Marbourg, Dresde, Leipzig) puis continuée aux Etats-Unis, où TILLICH avait fui le régime nazi en 1933 (New York, Haward, Chicago).

On oppose souvent la période allemande à la période américaine. Cette opposition se cristalliserait dans une pensée marquée par l'idéalisme allemand de Schelling et son abandon durant la période américaine. En filigrane se trouve la terrible question qui a été un point d'achoppement pour toute la philosophie de la seconde moitié du XX° siècle : pourquoi l'idéalisme allemand, la pensée dominante du XIX° siècle, n'a-t-il pas su éviter, ou pire, a-t-il même conduit à la catastrophe nazie ? L'abandon de la pensée idéaliste par TILLICH serait la réponse théologique à ce traumatisme et inaugurerait une nouvelle façon de penser la théologie dans sa relation à la culture.
La THÉOLOGIE SYSTÉMATIQUE, publiée en 1951 à Chicago, serait le symbole de cette nouveauté.
Or, il existe une édition allemande, publiée en 1955, traduite par Renate Albrecht et revue par TILLICH lui-même. On savait depuis longtemps qu'il existe de nombreuses variantes entre les deux éditions. La publication des œuvres de TILLICH aux Éditions du Cerf, Labor et Fides et aux Presses de l'université de Laval par André Gounelle et Jean Richard, m'ont donné l'occasion de me lancer dans la recherche des variantes entre les deux éditions. Un travail fastidieux mais utile pour la recherche tillichienne.
1. Le concept d'inconditionné dans le cadre d'une théologie de la culture. (…)
2. L'inconditionné dans le cadre d'une théologie de la culture. (…)
3° L'existence devant l'inconditionné. (…)

Une phénoménologie de l'inconditionnel
La philosophie religieuse de TILLICH veut prendre en compte l'expérience croyante. La philosophie de l'inconditionné ne doit pas aborder cette expérience à l'aune d'une philosophie traditionnelle fondée sur la séparation du sujet et du monde. Il faut dépasser les oppositions classiques et ce dépassement nécessite une philosophie à la fois critique et intuitive, une phénoménologie, pour rendre raison de l'expérience croyante qui, en prise avec l'inconditionné, pose la question du sens ultime et de l'ultime réalité du sens.
Le criticisme n'arrive pas à penser l'essence de la chose, la méthode intuitive n'arrive pas à penser son existence. La nouvelle méthode phénoménologique doit prendre son point de départ dans le criticisme, c'est-à-dire prendre en compte les différentes fonctions de l'Esprit humain en tant qu'elles sont des formes du réel : la réalité s'exprime à travers les différentes expressions culturelles de l'Esprit. Or, ces formes sont vides parce qu'elles ne sont pas remplies par un inconditionné. Ce qui donne sens à toute chose, l'inconditionné, n'est lui-même pas un sens.
L'inconditionné ne peut être appréhendé que par l'intuition. Dieu peut se dire en différents discours, mais tous ces discours se brisent devant la référence ultime qu'est Dieu. Son existence n'est pas affaire de démonstration, mais il s'impose par lui-même au sujet qui a l'intuition de son existence en tant qu'il fonde sa propre existence de sujet. Selon TILLICH, il est possible pour la phénoménologie de concilier le discours rationnel et l'intuition de quelque chose qui dépasse le réel et le fonde. Le paradoxe n'est certes pas entièrement résolu, mais TILLICH y voit la seule possibilité de penser Dieu et de vivre de Dieu.
Enfin, l'existence devant l'inconditionné demande une nouvelle philosophie de l'histoire. La modernité, depuis le rationalisme, a cherché à se dégager de l'hétéronomie, d'une loi divine imposée à l'homme. L'autonomie kantienne a inauguré l 'époque de l'autonomie : non plus une loi extérieure qui s'impose à la conscience, mais la loi de la conscience qui s'impose à toutes les consciences et ordonne le monde. L'hétéronomie a perdu Dieu : la loi de la conscience et la loi divine sont étrangères l'une à l'autre. L'autonomie de la conscience a produit la technique et la domination rationnelle d'un monde sans Dieu.
Le prix à payer est lourd pour TILLICH : la conscience de l'inconditionné, c'est-à-dire la véritable expérience croyante qui donne un sens inconditionnel à l'existence, est perdue. L'autonomie de la conscience ayant montré ses limites, il faut une autre loi de la conscience, la théonomie, que TILLICH définit comme étant " une situation de l'esprit dans laquelle les formes de la vie spirituelle sont l'expression de l'incondtionné-réel ". Dieu est lui-même la norme, la loi de la conscience. Une norme qui n'a pas de contenu positif particulier, mais une norme qui donne un sens à la vie de l'Esprit en tant qu'elle est l'expression de l'inconditionné.
Ainsi, la culture théonome est une culture fondée sur l'ontologie de l'inconditionné, qui a pris acte de l'évolution des sciences et des techniques, mais qui donne toute sa place à Dieu, le commencement et la fin de toute chose, et, en ce sens, contient le mystère du sens ultime de toute chose.
" Dieu ne peut être connu qu'à partir de Dieu ".
Claude Conedera (extrait du n° 4 des "Annales de l'UPL").

L’Europe en crise d'identité

Nous savions l’Europe en crise. Après le « non » français au traité « constitutionnel » européen, l’on est enclin à penser qu’il s’agit d’une crise politique. Certes, il y a plus : L’on a parlé de crise de confiance dans le « politique ». Mais à une époque de démocratie avancée, où le « peuple » détermine, en principe, le cours des événements et de l’histoire, il ne peut s’agir que d’une crise de confiance en nous -mêmes : En somme, l’Europe a des doutes au sujet de sa propre identité !
L’on a voulu passer par un « réglage » économique de l’Europe. Pour parvenir à quoi ? Sans pouvoir politique véritable basé sur un fonctionnement démocratique, fonctionnant dans le respect des règles démocratiques, l’on restera dans le provisoire – un provisoire qui dure depuis trop longtemps, déjà.
Nous n’avions pas pensé à la crise d’identité « culturelle ». Mme Meyer (voir son texte ci-dessous) nous y aura rendus attentifs et rappelle quelques unes de nos racines lointaines, pour tenter de faire l’analyse de la situation contemporaine. Celle-ci est certes, complexe. La conscience de nos racines historico-culturelles ne peut que nous y aider. La diversité des cultures dont nous sommes les héritiers ne peut alors être considérée comme un handicap, mais devrait être comprise comme une richesse à sauvegarder !
Quels choix économiques sont nécessaires pour avancer ? Par qui seront-ils mis en œuvre, sinon par un pouvoir politique!
Ernest Winstein

 

L’EUROPE EN CRISE D’IDENTITE CULTURELLE, Par Michelle MEYER

Europe, péninsule de l’Eurasie.
Ses habitants l’appelleront Europe au cours du XVIème siècle donc dans une Renaissance bien avancée. L’origine du nom viendrait de la Grèce antique, une princesse phénicienne Europe aurait été enlevée par Zeus pour la transporter en Crète, elle donnera naissance à Minos. C’est donc le nom d’une reine mythologique et non pas un terme de géographie.
Au 1er siècle avant Jésus-Christ, on désigne par Europe les terres au nord du Détroit du Bosphore. Au 5ème siècle, la Thrace (Grèce, Turquie) s’appelle Europe.
Durant l’Antiquité, les civilisations se sont développées autour du bassin méditerranéen. Lors des invasions où les peuples germaniques furent bousculés par des peuples indo-européens et pénétrèrent dans l’Empire romain, Théodose 1er partagea son empire entre ses deux fils en 395, l’un reçoit la partie occidentale, l’autre la partie orientale incluant l’Asie Mineure avec la grande ville de Constantinople (aujourd’hui Istanbul). Cette ville remplaça Rome comme capitale de l’Empire...
Orient et Occident : une fracture qui perdure. Vous trouvez le texte complet en page 7

 

 

La force d'ouverture à l'inconnu, par Gilbert Greiner, Pasteur
" L'Inconnu… est assis au pas de nos portes. Et Il nous inquiète.Ainsi, nous préférons nous réfugier dans le Connu. L'Au-delà - du Connu - est source d'angoisse… Jusqu'à nous en faire perdre souffle et raison ! Le Christ, en thérapeute, nous invite à l'Ouverture et à l'Inconnu. Sa parole s'accompagne d'une promesse : Sa Force permettra la " Mise en route ". Nous serons, tel Abraham Le Croyant, des " en-routés… ". Vous trouvez le texte complet en page 5

 

Jésus et Marie-Madeleine,par Ernest Winstein

Le roman de Dan Brown, hormis quelques contrevérités historiques ou géographiques, ne ferait pas scandale s'il ne posait la question " Jésus a-il eu un enfant avec Marie-Madeleine ?" Suite en page 5

 

A la mémoire de Marcel Schnepp, ancien président de l'Union Protestante Libérale

Ancien journaliste, président de l'Union Protestante Libérale de 1995 à 1997, Marcel SCHNEPP est décédé le 14 avril 2006. Il n'a cessé de soutenir l'UPL et de porter le souci d'une spiritualité dégagée de tout dogmatisme réducteur. Témoignage : Nous avions mille choses à nous dire (E.W.) Marcel Schnepp

 

Chez Théolib et Ampelos

Théolib : la nouvelle collection " Libres pensées protestantes "

Une nouvelle collection, "Libres pensées protestantes", est dédiée à l'édition ou la réédition d'ouvrages développant une approche personnelle de la foi, dans l'attachement à la liberté de conscience. On y trouve de grands noms du protestantisme libéral (Théophile Bost, Ferdinand Buisson, Félix Pécaut). Cette collection est destinée à devenir la collection de référence du libéralisme théologique, en rendant disponibles des textes devenus parfois introuvables.
Ces ouvrages peuvent être commandés à Théolib (18 E + frais de port d'environ 5 E pour l'Europe) http://www.theolib.com. Ils sont par ailleurs mis en vente sur le site d'auto-publication de Lulu au prix de 6 E pour le téléchargement et de 18 E pour l'exemplaire broché à http://stores.lulu.com/theolib

Aux éditions Ampelos, une maison d'édition protestante spécialisée dans l'édition d'ouvrages historiques, philosophiques, économiques et théologiques sur la Réforme, son influence et ses représentants :

Pour nous contacter :

Union Protestante Libérale / Ernest Winstein 31 Rue des Foulons F - 67200 Strasbourg ; tél. 06 10 92 92 42

Courriel : unionprotlib@free.fr

Dernière mise à jour le 5 février 2010