Union Protestante Libérale

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Café théologique

 Prochaines rencontres :

Jeudi 7 février 2013 de 18h30 à 20h

au Café Michel 20 Avenue de la Marseillaise à Strasbourg.

Le sujet : "L'alliance dans la Bible, un décret de Dieu ou un contrat avec les hommes?" (Introduction par Gérard Chabane)

 

Jeudi 7 mars 2013 de 18h30 à 20h

Sujet : Qui est Jésus ?

de 18h30 à 20h au Café-brasserie Le Michel 20 Avenue de La marseillaise à Strasbourg.

Les rencontres suivantes :

4 avril; 6 juin.

Renseignements : Union Protestante Libérale, Ernest Winstein, 06 10 92 92 42. Mail: unionprotlib@free.fr

L'Union Protestante Libérale propose un terrain de rencontre où puisse se dérouler un débat respectant les sensibilités et les convictions de chacun, tout en affirmant l'exigence d'une réflexion et d'une recherche sérieuses et approfondies, tant sur le plan théologique qu'en matière d'analyse des questions de société.

 

Thèmes traités

 

1 Peut-on parler de Dieu (9 juin 2011, Ernest Winstein)

2 Religion et spiritualité (4 juillet 2011, Emmanuelle Genay)

3 Faut-il être croyant pour aimer son prochain ? (9 septembre 2011, Pierre Nicolas)

4 L'homme est-il bon ? (13 octobre 2011, Jean-Brice Jost ; Ernest Winstein)

5 Le respect du vivant (10 novembre, Jean Jung)

6 Pardonner (8 décembre, Jean-Brice Jost, aspects philosophiques, et Ernest Winstein, aspects théologiques)

7 Dangers et bienfaits de la religion (Jeudi 19 janvier 2012, Ivan Segura)

8 Qu'est-ce qui empêche la paix du coeur ? (9 février, Denise Haas)

9 Y a-t-il une spiritualité sans Dieu ? (8 mars, Elisabeth Barbé)

10 Résurrection : mythe ou réalité ? (12 avril, Jean-Marc, Jacques, E.W.)

- Ernest Winstein : La résurrection de Jésus

- Jacques Richard : La résurrection dans la Bible. Etat des lieux.

11. Jésus et le statut de la femme (14 mai 2012, Ernest Winstein)

12. A propos du livre de Pierre Jovanovic, Le Mensonge Universel, présenté par Philippe Kah (14 juin 2012)

13. "Jean-Jacques Rousseau, un précurseur de la pensée protestante libérale?" présenté par le Dr Jacques Richard (5 juillet 2012)

14. "La quintessence de l'enseignement de Jésus" (6 septembre 2012, Ernest Winstein)

15. "La foi", (4 octobre 2012, présenté par Gérard Chabane)

16. "L'homme et la femme dans la Bible" (8 novembre, présenté par Michèle Zuber)

17. "Job, l'homme révolté" (6 décembre 2012; présenté par le Dr Jacques Richard).


Café théologique du 4 octobre 2012, Strasbourg
La foi
Par Gérard Chabane

Avant-propos :

Je ne porte pas témoignage personnel mais rapporte succinctement des expériences célèbres :
.St Augustin : De la vie très terrestre à une vie de foi.
. Simone Weil : De la philosophie à une vie de foi ; de la pesanteur terrestre vers la légèreté de la grâce, en faisant le vide en elle pour y laisser entrer Dieu; entrée de Dieu en elle jusqu’à sa désincarnation totale, comme le chemin inverse de son incarnation, où Dieu avait renoncé à une partie de son tout pour incarner un humain.
Dans le cadre d’une émission sur la Near Death Experience ou Expérience de Mort Imminente, les expérienceurs ont eu la sensation d’être aspirés par un cône de lumière vers la vraie vie, démontrant que la vie terrestre n’était pas la vraie vie. La foi serait peut-être cette intuition de la vraie vie ailleurs.
* *
La FOI c’est quand l’infini divin rencontre ma finitude d’être humain et y participe. Le sacré vient métamorphoser la pesanteur terrestre par l’appel à l’amour et non par le jugement catégorique de la Raison. C’est un bouleversement, c’est un changement total !! Mais pourquoi certains et pas d’autres ?
. Une céleste consécration imméritée et prédestinée ? Comment y accéder et quel est l’enjeu de la grâce qui donne la foi ? La cause de la grâce réside hors de l’homme et de sa volonté mais sa condition est dans l’homme, étrange paradoxe !
. La foi peut-elle être acquise par la révélation transcendante ou par la conduite spirituelle ?
. Si on n’est pas choisi, il nous reste l’acceptation de sortir de soi pour gagner un supplément d’âme et sortir de sa routine. Oser élargir le moi !!
Il y aurait comme une dépossession. On ne se changerait pas soi-même, seul l’amour permettrait de nous changer. Je reçois et comprends que Dieu m’accepte tel que je suis et alors tout devient possible et du neuf peut advenir. La foi chrétienne ne mène pas au mépris ou à la haine de soi, nous devons poser le même regard bienveillant sur le Monde et nous-même que Dieu pose sur chacun de nous.
J’ai à reconnaître mes limites, les déposer et les dépasser, et donc ne pas m’y arrêter, à l’aide de ce qui m’a été donné par un Dieu plus grand que moi je peux dépasser les limites qui m’entravent et me font mal. Je peux changer, pourvu que je laisse travailler en moi une force d’amour qui n’est pas moi !!

1- Du café philo au café théologique, des passerelles ? Une limite à la Raison ?
Quand on croit à quelque chose, il faut des raisons de croire, la Raison met sur la voie de la foi qui peut apporter la solution, mais avec le concours de la Raison qui ne serait finalement pas indissociable de la foi.
La Raison tournerait à vide, et par des motifs dialectiques, elle s’égarerait en perdant le sens ; l’aporie de la Raison ne trouverait qu’une seule issue, la croyance, c’est-à-dire la foi qui serait une abdication de l’autorité du sujet de la Raison.
. Il existe une limite à l’infini de la pensée qui est aussi infinie qu’incomplète, d’où une frustration et un épuisement mental (voire même la folie).
. La Raison est desséchante car le raisonnement met de côté tout un pan de l’Humanité, amour et autres valeurs humaines.

2-L’exercice de la foi est vivifiant
. La vision de la foi est transcendante, elle donne d’un bloc le sens, et avec l’illumination de la grâce en plus (félicité).Tout comme une opinion favorable est reçue pour vrai, l’espérance vivifie.
. Le doute méthodique et désincarnant n’a pas lieu d’être, et avec la foi il y a simplification. La foi au sens général, serait l’intuition, là où on va, pour pallier l’aporie de la pensée sans fin.
. L’orgueil philosophique doit baisser pavillon devant la foi.
. La raison pose des questions et la foi apporte des réponses qui génèrent la tranquillité, on trouverait refuge dans la foi, si on ne le trouve pas avec la raison).Tranquillité, excepté le risque de perdre la foi ou la Raison !!
. La foi est basée sur l’amour, elle est vivifiante car elle ramasse ce que la Raison écarte. Quoique Aristote intègre les émotions dans sa philosophie.
. Quand la Raison est-elle desséchante, la foi est comme fil conducteur, une expérience qui alimente la Raison (pas forcément la foi révélée).
. La foi est une finalité alors que la compréhension ne peut pas donner un sens avec la Raison. Excepté les certitudes provisoires !!

3- Des limites au caractère vivifiant de la foi
. La foi est vivifiante, mais avec l’ascèse elle est cependant contraire à la vie terrestre et aux lois de la nécessité.
. Question de la moralité dans la foi, y-a-il un code éthique ? Notamment pour celui qui ne se soucie que du salut de son âme, un juste retour en récompense par Dieu de sa vie terrestre pieuse !!
Quand on abandonne la raison on risque de tendre vers le fanatisme, et donc même l’objet de la foi révélée doit tomber sous le coup de la Raison, afin d’amener la validité de la religion, la valeur du dogme.

4- Selon Saint Augustin La foi et la raison ne seraient-elles pas inséparables
Une synthèse par St Augustin, « La raison raisonnante dans la foi », « Comprendre pour croire et croire pour comprendre ».
« Adhère pour voir, puis pense ce qu’on te dit de croire !!», donc adhérer en premier comme un acte de foi avant de penser et juger.
. C’est d’abord l’acceptation qu’il y a quelque chose qui nous dépasse, quelque chose que l’on ne peut espérer comprendre du monde qu’en entrant dans une démarche de foi.
Démarche difficile d’ailleurs, car comment croire qu’on va comprendre quelque chose alors qu’on a déjà du mal à croire ?
"Crois pour avoir plus raison que les autres abrutis". 2ème acte de foi, crois pour avoir plus de raisons.
Ouf, je ne suis pas obligé de mettre mon cerveau au placard. Et enfin je reconnais que j’ai besoin de comprendre pour croire !
Une démarche qui oblige aussi à réfléchir un peu avant d’imposer sa croyance aux autres, une démarche qui oblige aussi à comprendre ces autres, d’autant que croire est un acte bien plus collectif que personnel.
Augustin ne voulait pas d'une religion qui ne fût pas aussi pour lui expression de la raison, c'est-à-dire de la vérité. Sa soif de vérité était radicale et elle l'a conduit à s'éloigner de la foi catholique. Mais sa radicalité était telle qu'il ne pouvait pas se contenter de philosophies qui ne seraient pas parvenues à la vérité
L'harmonie entre foi et raison signifie surtout que Dieu n'est pas éloigné : il n'est pas éloigné de notre raison et de notre vie ; il est proche de tout être humain, proche de notre cœur et proche de notre raison, si nous nous mettons réellement en chemin.

Discussion…. : quelques notes

Foi : confiance, fidélité, engagement, piété, acceptation d’une doctrine ou d’un livre, croire comme une force de vie, croire dans un texte comme un crédo, un dogme sommaire.
La foi n’a pas été vivifiante pour Simone Weil car elle est morte d’ascèse, mais peut-être a-t-elle fait le choix d’une autre vie, une vie mystique riche d’autres nourritures, Cf. « Les indomptables de l’anorexie» de Catherine Eliachef et Ginette Rimbaud, c’est un autre débat que l’apposition Foi et Raison, c’est un ensemble mystique comme la vie de Ste Thérèse d’Avila, voire les écrits de maître Eckart.
Auto-divination, expérience de la foi des Béguines à Strasbourg au 13ème siècle avec Hildegarde de Bingen et Maître Eckart ; une assomption de la féminité vers Dieu et la possibilité de trouver Dieu dans son âme. Au sommet de la vision l’âme devient Dieu, la Béguine devenant par grâce ce que Dieu est par sa nature. Retombée extraordinaire de la foi qui autorise à devenir l’égal de Dieu. Cf. « Le livre de la pauvreté spirituelle, Jean Tauler », par Rémy Valléjo, éditions Arfuyen 336 pages, 20 €. Ce livre est à la fois le miroir de la nudité intérieure et le portrait de Jean Tauler ; petit chef-d’œuvre de la mystique rhénane. Proche de Maître Eckart, Jean Tauler a vécu à Strasbourg et son enseignement a été donné aux béguines strasbourgeoises, enseignement typique de la mystique originale du XIV e siècle dans la vallée du Rhin.
La foi peut être la soumission stérile à une autorité ecclésiale.Attention à la foi figée qui deviendrait dangereuse, idolâtrie et fanatisme ; le foi est dangereuse si excès, et excès à vouloir démontrer sa foi en l’inscrivant dans son physique par des privations ou des flagellations.
Il faut accorder sa foi préalable avant d’utiliser sa raison pour discuter, accepter l’objet de la discussion ou l’interlocuteur.
Faut-il rejeter l’ascétisme, c’est une recherche d’états de conscience modifiés avec la Joie en prime !! Mais il faut trouver une vraie motivation pour vivre dans un monastère en se consacrant entièrement à l’expérience de sa foi.
La foi d’Abraham : C’est le dieu infini qui marche à côté d’Abraham, on ne voit pas ce dieu et pourtant il est présent. Dieu est présent à côté d’Abraham et ce dernier se « met en route », la foi en soi n’existe pas c’est une marche en avant, c’est une pratique comme disait A. Schweitzer, « La foi est à l’épreuve dans la pratique ». La foi est une osmose avec l’Infini mais qui commande une action, une éthique.
Distinguer la foi comme une croyance sans examen et la foi dynamique qui donne un élan par la croyance en quelque chose de supérieur. Croire c’est se mettre en mouvement.

La notion de foi n’apparaît pas beaucoup dans les Evangiles, à l'inverse des lettres de Paul et de l'épître aux Hébreux. Mais Jésus insiste sur l'importance de la confiance. Evangile de Marc, 11-12

Note sur GC Jung : importance de la foi en soi - trouvée après un long travail ; l’archétype de dieu en soi à côté de nos ombres.
. Epître aux Hébreux, 11-1 : "La foi, c'est l'assurance des choses qu'on espère, la démonstration de celles qu'on ne voit pas".

Les Esséniens : Aspect messianique de la foi avec une libération prochaine de la domination romaine par un messie attendu, on en parle sous le manteau et on espère malgré le risque de répression.

La foi est mise en parallèle avec l’action de faire la justice, la fidélité et la miséricorde: la foi va de pair avec le sens de la justice.

Progressivement la figure de Jésus se divinise au cours des premiers siècles :
Et quand le fils de Dieu reviendra, trouvera-t-il la foi en action sur terre ?

Il faut faire le ménage en soi pour qu’existe un dialogue entre le Moi et le Soi

G. Ch.

Café théologique du 6 septembre 2012, Strasbourg
La quintessence de l'enseignement de Jésus
Par Ernest Winstein

Je me limiterai à un certain nombre d'indications exégétiques pour tracer les grands traits de l'enseignement de Jésus, nous éviter d'utiliser les textes bibliques comme bon nous semble, nous aider à les comprendre dans leur contexte.

L'enseignement de Jésus est très largement celui d'un maître juif, un rabbin (Jésus est appelé rabbi par ses disciples - cette mention est très fréquente dans les évangiles). Une partie de cet enseignement nous est accessible à travers les paroles de Jésus rapportées par les évangiles, Marc, d'une part, l'évangile le plus proche du Jésus historique, repris par Matthieu et Luc et, d'autre part, les collections de paroles que nous trouvons dans ces deux derniers et provenant de la source dite Q (Quelle), une collection de paroles de Jésus. Leur compréhension est rendue difficile du fait qu'elles sont souvent sorties de leur contexte.
Quant à Jean, dont la rédaction finale est située au début du 2è s. dans un milieu chrétien gnostique qui ne se situe plus, ou pas, dans le judaïsme, une partie de l'enseignement présenté comme étant de Jésus est en réalité une sorte de prédication de la communauté johannique au sujet de Jésus, placée dans la bouche de Jésus.

Les paroles du rabbi Jésus, comme de tout rabbi, ont été mémorisées par les disciples qui les ont transmises très fidèlement. On peut donc penser que les paroles rapportées par Marc et la source Q sont donc très fidèles à l'enseignement du Jésus historique.
Les paroles rapportées ne sont pas la reproduction intégrale de l'enseignement de Jésus. Mais il s'agit là déjà d'un choix fait par l'évangéliste ou la tradition orale pour répondre notamment aux questions qu'ont posées les adeptes de Jésus, Juifs ou païens intéressés, deux ou trois dizaines d'années après le ministère public de Jésus. En ce qui concerne Marc, cela se passe dans un milieu juif de langue grecque géographiquement proche de la Palestine ou à la limite de la Palestine (Césarée ?). Le rédacteur a un regard relativement critique sur les disciples.

Les travaux effectués sur les évangiles montrent que l'enseignement de Jésus évolue en fonction des situations historiques, du contexte, des questions qui se sont posées aux communautés naissantes et à celles déjà bien installées. Exemple : Les critiques formulées par Jésus à l'encontre de divers groupes qui, d'après Luc, sont constitués de scribes, de docteurs, de pharisiens, sont toutes orientées sciemment contre les pharisiens par Matthieu (ou l'école de scribes chrétiens de l'église " matthéenne ") et même renforcées par lui. Pourquoi ? Les pharisiens sont alors les maîtres spirituels juifs, accrédités par le pouvoir romain et opposés au développement du christianisme naissant - on est aux environs des années 85-90, une vingtaine d'années après la " guerre juive " des années 67-70, où le pouvoir des sadducéens a été laminé.

Certains diront qu'il est alors très difficile de savoir ce qui, de l'enseignement rapporté, est important. En nous aidant de quelques indications sommaires, mais précises, partagées et proposées par les spécialistes exégètes, on arrivera à mieux s'orienter.

a) Marc en milieu juif, de langue grecque, proche de la Palestine ou aux abords de la Palestine écrit, entre 45 et 70 pour des Juifs de langue grecque (largement représenté par la diaspora). Il est, du point de vue chronologique, l'évangéliste le plus proche du Jésus historique. Il répond à la question de l'importance de Jésus : Celui-ci est qualifié de maître, puis de Christ et les disciples sont invitées à le suivre. Marc invite donc à une foi active.
Il insiste sur la parole de Jésus qui invite à faire la volonté de Dieu (Marc 3,28 : " Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur, ma mère ") et à être la bonne terre qui accueille favorablement la parole de Dieu (c'est ce qu'exprime la parabole du semeur, en Marc 4). Jésus accorde aux commandements (décalogue) l'importance que leur attachaient ses contemporains (voir la question sur le plus grand commandement, Marc 12,28-34) mais critique les pharisiens qui mettent leurs traditions au-dessus des commandements. Jésus prend la liberté de souligner que de guérir quelqu'un même un jour de sabbat est plus important que de se laisser enfermer par les prescriptions des pharisiens (Marc 3,1-6). Remarquons qu'en Marc 10, 1-12 où Jésus se prononce contre la pratique de la lettre de répudiation, l'homme et la femme sont mis sur un pied d'égalité - une innovation, mais qui montre bien qu'il convient de comprendre la torah comme une aide à la vie (cet aspect se trouve encore renforcé dans les évangiles de Luc et de Matthieu). L'important est l'être humain (voir la fin du chap. 2 : " le sabbat a été fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat "). Constatons que les 10 commandements invitent essentiellement au respect envers Dieu et au respect envers les humains et leurs biens.
Ces traits se retrouvent chez Matthieu et chez Luc qui ont copié Marc et ajouté notamment les fameuses " paroles " de la source Q, en réorganisant au besoin le contenu des sources qu'ils utilisaient. On est alors dans les années 85-90 et probablement aucun des disciples de Jésus n'était plus de ce monde.

b) Luc, juif de langue grecque, est nettement porté à présenter Jésus avec son enseignement en référence à des questions concrètes :
- comment vivre l'amour du prochain au quotidien ? En étant être proche de celui qui est dans le besoin (voir la question de Jésus dans la parabole du bon samaritain : lequel était proche de l'homme blessé ?).
- organiser les liens sociaux en intégrant les pauvres dans l'église et la société.
La source Q reprend, entre autres, le sermon sur la montagne avec les béatitudes que l'on trouve de façon plus structurée chez Matthieu.
Luc écrit pour le judaïsme " chrétien " de la diaspora de langue grecque. Il vit en Asie Mineure ou en Grèce. L'église fait encore partie du judaïsme. Elle est même LE judaïsme de la nouvelle alliance.

c) Matthieu, aux environs de l'an 90, est témoin de la rupture entre les chefs du judaïsme et le christianisme naissant, tout en ayant le souci de ne pas perdre le contact avec les Juifs. Le Royaume, appelé Royaume des cieux, semble être attendu pour un futur difficile à dater et considéré de plus en plus dans une perspective universelle : Le mot d'ordre final invite à faire de tous les peuples des disciples.
Les responsables juifs qui refusent de considérer Jésus comme le messie, passent à côté de la volonté de Dieu, un nouveau peuple constitué de Juifs et, toujours davantage de païens, prend progressivement le relais du judaïsme. Les paraboles du Royaume soulignent que l'on se situe dans un mouvement, une sorte de temps intermédiaire, elles cherchent à aider à vivre au mieux ce temps : le royaume est appelé à devenir grand. L'expansion du christianisme et l'opposition des pharisiens poussent Matthieu à interpréter voire à réorienter l'enseignement de Jésus.

d) Jean, au début du 2è siècle, considère la crucifixion de Jésus comme une "élévation" : le ressuscité retourne vers le Père dont il est issu (cf. le verbe fait chair), et a le souci de tirer vers lui ceux qui croient en lui (quel que soit le peuple auquel ils appartiennent). Le salut est spirituel et non plus politico-religieux comme il l'était à l'origine au sujet de Jésus messie et sauveur de "son" peuple.

Très schématiquement, mais n respectant ce qui est propre à chaque évangile, on peut dire :
- que Marc invite à suivre Jésus, au quotidien et au concret de nos vies, dans la perspective du royaume attendu pour le peuple d'Israël. Si nous considérons cette invitation à suivre dans un contexte plus large, mondial peut-être, nous extrapolons déjà. Nous sommes invités à suivre Jésus selon des principes éthiques (notamment le respect du prochain) et, aujourd'hui, à nous demander quel "royaume", c'est-à-dire quelle terre, voulons-nous ?
- que Luc et Matthieu organisent l'enseignement de Jésus dans le sens d'un meilleur vivre ensemble, Dieu gardant le dernier mot (voir la parabole du jugement des nations, Matth. 25 : " chaque fois que vous avez fait du bien à l'un de ces petits, c'est à moi que vous l'avez fait ", dit le roi.

Les collections de paroles de Jésus aident dans ce sens. Relevons notamment :
- Le " sermon dans la plaine " de Luc et le " sermon sur la montagne " de Matthieu (chap. 5-7) : ce dernier commence par un appel à se lever pour sortir de situations difficiles à vivre, à se mettre en mouvement et à cheminer vers le bonheur, ou à le construire.
- Les humains croyants sont appelés à être " sel de la terre " et " lumière du monde " (Matth. 5), et à vivre dans la sincérité devant Dieu, sans se conformer à la volonté de façon hypocrite en cherchant uniquement son propre intérêt - il importe d'être, non de paraître (Matth. 6).
- Ils sont invités à vivre dans la justice en la construisant : " Que votre justice soit supérieure à celle des scribes et des pharisiens " (Matth.5, 20).

On sera sans doute très sensible à l'éthique de vie de l'évangile selon Jean, notamment en ce qui concerne le vivre ensemble :
- mettre en pratique un amour fraternel : "aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés" (Jean 13, 34).
- être serviteurs les uns des autres : "comme je vous ai lavés les pieds, vous aussi..."
Mais ces propositions sont données à la communauté des fidèles des années 100, appelés à être sauvés, c'est-à-dire à quitter ce monde pour rejoindre le Père. Et déjà croyants. J'interprète en disant : qu'ils sont appelés à réintégrer le verbe originel.

Les pistes seront donc :
- Suivre Jésus et contribuer à construire, dans le sens où nous orientent les impulsions qu'il a données pour son peuple, un monde fait de fraternité et de justice ;
- vivre ensemble sous le regard de Dieu - sans oublier que nous faisons partie d'une même humanité dont nous ne pouvons pas nous désolidariser ;
- reconnaître que nous ne sommes pas nous-mêmes Dieu, ni même des petits dieux ; et que la réalité ultime est de l'ordre de ce qui nous dépasse.

Ernest Winstein

Notes :
Jésus refuse de se faire qualifier de " bon " : Au jeune homme riche : " Personne n'est bon si ce n'est Dieu seul (Marc 10,18)
Ceux qui croient que nous allons coloniser l'espace me paraissent bien prétentieux. Certes, si l'humanité ne se tue pas elle-même, des progrès technologiques sont possibles pour occuper dans l'univers un espace plus large, mais si nous oublions que nous n'avons pas les clés ultime, nous jouons aux apprentis sorciers et, j'en suis persuadé, mettrons nous-mêmes un point final à nos espérances démesurées.

Café théologique du 5 juillet 2012

Jacques Richard :

Jean-Jacques Rousseau, un précurseur de la pensée protestante libérale?

Le sujet de ce soir a pour titre : Jean-Jacques Rousseau, un précurseur de la pensée protestante libérale? Pour vous permettre d'entrer dans ce sujet mon exposé introductif s'articulera autour de trois parties. Dans une première partie, puisqu'on va évoquer la pensée protestante libérale, il m'est apparu nécessaire de tenter de donner une définition de cette dernière ou du moins d'en cerner les fondements. Dans une seconde partie, je me proposerai d'esquisser à grands traits la vie et l'œuvre de cet homme qui a marqué la pensée occidentale et dont on célèbre en cette année 2012 le tricentenaire de sa naissance. Enfin, je terminerai cet exposé introductif en jetant un regard sur l'une des œuvres où Jean-Jacques Rousseau y développe le mieux le fond de sa pensée religieuse, je veux parler de la profession de foi du vicaire savoyard. Voici donc le menu défini, entamons si vous le voulez bien les hors d'œuvres !

Le protestantisme libéral apparaît dès le XVI° siècle avec le réformateur Zurichois Uldrych Zwingli et son ami le réformateur de Bâle Oecolompade à qui on doit cette phrase qu'Ersnt Winstein avait cité lors d'une précédente réunion. Je la trouve très pertinente et je ne peux résister au plaisir de vous la citer à nouveau. Oecolompade disait : " Où donc est-il écrit qu'il faille se déplacer dans la bible les yeux fermés ? " A cette même époque un certain Sébastien Castellion publie une traduction de la bible en langage populaire. Il reconnaît même que certains passages ne sont pas clairs. Pour lui, la foi est confiance en Dieu et non adhésion à des doctrines. Après l'exécution de Michel Servet, qui ne confessait pas la trinité, Sébastien Castellion aura cette phrase demeurée célèbre : " Tuer un homme, ce n'est pas défendre une doctrine, c'est tuer un homme... " Au XIX° siècle, le théologien allemand Frédéric Schleiermacher fut un des pionniers du libéralisme théologique en milieu protestant, ayant eu le souci de conjuguer religion et culture. Ce faisant, les théologiens libéraux ont participé à la genèse d'une étude historico-critique de la bible. Au XX° siècle, des penseurs comme Albert Schweitzer, Rudolf Bultmann, Paul Tillich ont fait évoluer le libéralisme théologique. Actuellement, le protestantisme libéral français a son mensuel, Évangile et liberté, mensuel où figurent en particulier les signatures, pour ne citer qu'eux, d'André Gounelle, ancien doyen de la faculté de théologie protestante de Montpellier et Laurent Gagnebin, ancien doyen de l'institut protestant de théologie de Paris
Les tenants du libéralisme religieux chrétien, car cette façon de penser n'est pas l'apanage exclusif des protestants, il y a en effet des libéraux catholiques (mais la hiérarchie romaine veille...), et en dehors du christianisme il y a des juifs libéraux (position difficile aussi) et même un islam libéral, se retrouvent selon Laurent Gagnebin tous autour de cinq critères : une constante, une méthode exégétique, un état d'esprit, une relecture des doctrines traditionnelles, une purification doctrinale.
Une constante : c'est la reformulation des doctrines chrétiennes.
Une méthode exégétique : les libéraux sont les défenseurs d'une lecture des écritures dite historico-critique.
Un état d'esprit : un refus d'un certain doctrinarisme autoritaire.
Une relecture des doctrines traditionnelles : relire les textes bibliques et les doctrines classiques pour mieux discerner leur sens
Une purification doctrinale : à ce propos, Albert Schweitzer, le docteur de Lambaréné aimait à dire que la pensée chrétienne souffre d'un excédent de bagages.

On peut donner aussi une autre définition de la pensée protestante libérale beaucoup plus ramassée. Elle se trouve dans le cartouche de la dernière page du mensuel Évangile et Liberté, déjà cité, qui porte d'ailleurs en sous titre cette affirmation : penser et croire en toute liberté, cartouche où l'on peut lire la formulation suivante :
" Par souci de vérité et de fidélité au message évangélique, refusant tout système autoritaire, nous affirmons ;
la primauté de la foi sur les doctrines,
la vocation de l'homme à la liberté,
la constante nécessité d'une critique réformatrice,
la valeur relative des institutions ecclésiastiques,
notre désir de réaliser une active fraternité entre les hommes
qui sont tous, sans distinction, enfants de Dieu "


Deuxième partie de cet exposé introductif: la vie et l'œuvre de Jean-Jacques Rousseau. Compte tenu de la multiplicité des facettes de la vie de Jean-Jacques Rousseau et de l'immensité de son œuvre, autant dire que c'est mission impossible. Aussi, pour ne pas alourdir mon propos, je me contenterai d'énumérer quelques dates accompagnées d'un court commentaire.

28 juin 1712: naissance à Genève, près de la cathédrale Saint-Pierre, de Jean-Jacques Rousseau dans une famille protestante d'origine française. Sa mère perd la vie en lui donnant le jour. Enfant, il assiste aux prêches, où il entend les sermons de Jean-Alphonse Turrettini, l'initiateur d'un courant de réforme novateur du calvinisme orthodoxe genevois.

1728-1740: la parenthèse catholique. Un dimanche de mars 1728 (il allait avoir 16 ans, apprenti chez un graveur) il rentre trop tard d'une promenade et trouve les portes de la ville fermées. Craignant d'être réprimandé et même battu, il s'enfuit et sera accueilli par Madame de Warens à Annecy, femme libre mais pieuse et de confession catholique. Il l'appellera maman, elle l'appellera petit. Mais quelques années plus tard quand l'amant de sa protectrice meurt, il le remplacera, tout en continuant à l'appeler maman. C'est au cours de ces années qu'il se tournera vers le catholicisme et passera même quelques mois dans un séminaire.

1742-1754: Pendant une dizaine d'années il fréquentera les salons parisiens et les cercles d'intellectuels. Il ne souscrit pas du tout à l'athéisme militant des Lumières. Il déclarera: "la fréquentation des incrédules a ranimé ma foi..." Lors d'un repas il menacera de quitter la table si l'on dit "du mal de son Dieu, qui est présent" et devant des convives sans nul doute médusés, il ajoutera: "Moi, je crois en Dieu."
Au cours de ces années, il séjourne brièvement à Venise (1743) où il occupe les fonctions de secrétaire de l'ambassadeur, Monsieur de Montaigu, avec qui il se brouillera.
C'est toujours au cours de ces années qu'il s'attachera à Thérèse Levasseur, une servante d'auberge, jeune, douce, affectueuse, mais ignorante. Cinq enfants naîtrons de cette union. Tous seront déposés aux Enfants Trouvés, Rousseau alléguant l'excuse de la misère. Il faut souligner que Jean-Jacques Rousseau était totalement indépendant, il vivait d'expédients en acceptant de faire de la copie musicale ou autre.

En 1750, le discours sur les sciences et les arts lui permet d'obtenir le prix de l'académie de Dijon et lui vaut la célébrité. Il soutient qu'à chercher toujours à développer leurs savoirs et leurs arts, les hommes en sont arrivés à être bien plus savants que vertueux. Il estime cependant que la science ne nuit pas aux grands hommes comme Descartes ou Newton. Face à la civilisation et au modernisme, il prône une vie simple, la pauvreté et la vertu.

1 août 1754: de retour dans sa ville natale, il est réintégré, sur sa demande, dans l'Église réformée de Genève. Mais son séjour genevois sera de courte durée, car il n'apprécie guère l'installation de Voltaire à Ferney ainsi que la froideur du Grand Conseil.

1755: c'est le discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes. Sa pensée devient plus explicite. Face à ceux qui défendent la civilisation des Lumières, il durcit même son propos en disant: "l'homme est bon naturellement et c'est par les institutions seules qu'ils deviennent méchants."

1756-1757: installation à L'Ermitage, dépendance champêtre du château de la Chevrette, au nord de Paris. Rousseau y retrouve la nature comme aux Charmettes quand il était chez Madame de Warens. Il commence à travailler sur l'Émile, traité d'éducation, où il propose d'adapter l'éducation à l'enfant et de ne lui faire comprendre que ce qu'il est en mesure de comprendre. Dans le même temps, il commence la rédaction du contrat social et de la Nouvelle Héloïse. Il s'éprend de la belle-sœur de Madame d'Épinay. Il semblerait que ce fut la seule vraie passion de sa vie, mais cette dernière a le don d'indisposer son hôtesse, et il quitte L'Ermitage.

1758-1762: le Maréchal de Luxembourg l'accueille dans une dépendance de son Château de Montmorency. Il publie successivement la Lettre à d'Alembert (1758), la Nouvelle Héloïse (1761), le Contrat social et L'Émile (1762). Mais à partir de cette date, les choses se gâtent pour Rousseau puisque L'Émile paru à Paris le 23 mai 1762, est confisqué dès le 3 juin, condamné par le Parlement le 9 juin et brûlé deux jours plus tard! Menacé d'être arrêté, il se voit dans l'obligation de fuir Montmorency.

1762-1770: Rousseau en proie à des haines de la part des clercs tant catholiques que protestants, en proie à l'inimitié de ses anciens amis philosophes, et il est persona non grata à Genève. Expulsé d'Yverdon par le sénat de Berne, il se réfugie à Môtier-Travers, non loin de Neuchâtel, alors en territoire prussien où règne Frédéric II. Il est admis à la sainte-cène par le Pasteur du lieu. C'est à cette époque qu'il écrit une lettre remarquable à Christophe de Beaumont, archevêque de Paris, lettre où il précise ses convictions, lettre sur laquelle j'aurai l'occasion de revenir à la fin de cet exposé. Mais le climat ne demeurera pas longtemps serein. Tout ceci par la faute à Voltaire qui excite les adversaires de Rousseau, allant jusqu'à demander contre lui la peine capitale, une peine capitale virtuelle. La population de Môtiers lapide sa maison en septembre 1765. Rousseau se réfugie sur une île au milieu du lac de Bienne: il y passe six semaines et est obligé de partir. C'est alors pour lui une vie de proscrit: il séjourne en Angleterre chez le philosophe Hume, puis se brouille avec lui. Jusqu'en 1770, il mènera une vie d'errance: Lyon, Grenoble, et passe 18 mois dans une ferme isolée du Dauphiné.

1770-1778: les dernières années de sa vie le verront solitaire et pauvre, n'acceptant comme ami que Bernardin de Saint-Pierre, écrivant les derniers livres des confessions. À cette période de sa vie, il retourne à la lecture de la bible, et c'est par elle qu'il clôt ses journées. Il meurt le 2 juillet 1778 au château d'Ermenonville où il avait été accueilli.

Venons en au dernier point, la pensée religieuse de Jean-Jacques Rousseau. Comme je vous l'annonçait au début de ce propos, c'est indiscutablement dans la profession de Foi du vicaire savoyard que Jean-Jacques Rousseau développe le fond de sa pensée religieuse. Cette profession de foi du vicaire savoyard est en fait le chapitre IV de L'Émile, ce traité d'éducation écrit par Rousseau. C'est au travers du personnage fictif du vicaire savoyard que Rousseau livre sa longue confession de foi. Rousseau, pour qui la religion tient une place importante tant pour lui que dans son système, présente dans cette profession les résultats de ses réflexions sur Dieu, comment le connaître et l'honorer. Ce sera à cause de cette profession de foi que sera saisi L'Émile à peine 15 jours après sa publication, le 3 juin 1762.
Ce texte commence par une sorte de prologue qui présente les protagonistes, c'est à dire le vicaire et celui qui l'écoute. En voici quelques courts extraits.
"Il y a trente ans que, dans une ville d'Italie, un jeune expatrié se voyait réduit à la dernière misère. Il était né calviniste... Se trouvant fugitif, sans ressources, il changea de religion pour avoir du pain. Il y avait un hospice pour les prosélytes: il y fut admis... En l'instruisant...on lui donna des doutes...il entendit des dogmes nouveaux... Il voulut fuir, on l'enferma... Il était perdu sans un honnête ecclésiastique... " Vous aurez deviné sans peine que ces lignes font référence à l'aventure qui survint au jeune Jean-Jacques se trouvant devant les portes fermées de Genève. Le jeune homme à qui s'adresse le vicaire, c'est Jean-Jacques. Quant au vicaire, c'est la synthèse de l'abbé Gaime qui lui faisait la morale à Turin et de l'abbé Gâtier, son maître au séminaire d'Annecy. Dans un article publié dans la Revue d'Histoire et de Philosophie Religieuses (année 2012 numéro 1) Daniel Frey, enseignant à la faculté de théologie protestante de Strasbourg écrit: "Comment ne pas prendre ses distances vis à vis de ces institutions ecclésiales, lorsqu'on a soi même été victime d'une volonté de domination d'une confession sur l'autre.... Il n'est absolument pas fortuit, poursuit Daniel Frey, que la Profession de foi du vicaire savoyard soit introduite par le récit d'une conversion extorquée, c'est à dire, finalement, par une prise en compte de la violence que des hommes font parfois aux consciences au nom de la religion."
Il faut bien reconnaître que cette question de l'intolérance religieuse est d'actualité et que la liberté de conscience est toujours à défendre. Dans une des affirmations du cartouche d'Évangile et liberté, n'est-il pas écrit: nous affirmons la vocation de l'homme à la liberté. C'est donc cette liberté que prônait déjà Rousseau.

Ce prologue étant fait, la profession de foi commence en ces termes: "Mon enfant, n'attendez de moi ni des discours savants ni de profonds raisonnements. Je ne suis pas un grand philosophe, et je me soucie peu de l'être. Mais j'ai quelquefois du bon sens, et j'aime toujours la vérité."
Quand le vicaire savoyard parle de bon sens, cela sous entend, le mot raison. Comme l'écrit Vincent Schmid, pasteur à la cathédrale de Genève, dans un dossier récent publié dans Évangile et Liberté, Rousseau est tout le contraire d'un illuminé: il réfléchit intensément en même temps qu'il croit à sa manière. C'est à ce titre que l'attitude de Rousseau s'apparente au libéralisme théologique.
L'œuvre se poursuit en évoquant successivement les thèmes suivants:
le théisme selon Rousseau, le mal et le rôle de la conscience, une sévère critique des religions révélées et de leurs dogmes, une reconnaissance de la valeur des évangiles, comment rendre un culte à Dieu.
Au lieu de vous infliger un commentaire personnel qui n'aurait pas la pertinence de l'auteur et qui à la longue risquerait de vous lasser, j'ai préféré vous citer pour chaque thème que je viens d'énumérer quelques phrases que Jean-Jacques Rousseau a mis dans la bouche de ce vicaire savoyard. Ainsi ces dernières pourront nourrir nos échanges ultérieurs.

Le théisme de Rousseau
Cet être qui veut et qui peut, cet être actif par lui même, cet être, enfin, quel qu'il soit, qui meut l'univers et ordonne toute chose, je l'appelle Dieu.
J'aperçois Dieu partout dans ses œuvres; je le sens en moi, je le vois tout autour de moi; mais sitôt que je veux le contempler en lui même, sitôt que je veux chercher où il est, ce qu'il est, quelle est sa substance, il m'échappe et mon esprit troublé n'aperçoit plus rien.

Le mal et le rôle de la conscience
Homme ne cherche plus l'auteur du mal; cet auteur c'est toi même. Il n'existe point d'autre mal que celui que tu fais ou que tu souffres, et l'un et l'autre te vient de toi... Ôtez nos funestes progrès, ôtez nos erreurs et nos vices, ôtez l'ouvrage de l'homme et tout est bien.
Plus je rentre en moi, plus je me consulte, et plus je lis ces mots écrits dans mon âme: sois juste et tu seras heureux.
Le premier de tous les soins est celui de soi même: cependant combien de fois la voix intérieure nous dit qu'en faisant notre bien aux dépens d'autrui nous faisons mal.
La conscience est la voix de l'âme, les passions sont la voix du corps.
Conscience! Conscience! Instinct divin, immortelle et céleste voix; guide assuré d' être ignorant et borné, mais intelligent et libre; juge infaillible du bien et du mal, qui rends l'homme semblable à Dieu!... Sans toi je ne sens rien en moi qui m'élève au dessus des bêtes...

La critique des religions révélées et de leurs dogmes
On me dit qu'il fallait une révélation pour apprendre aux hommes la manière dont Dieu voulait être servi; on assigne en preuve la diversité des cultes bizarres qu'ils ont institués, et l'on ne voit pas que cette diversité même vient de la fantaisie des révélations. Dès que les peuples se sont avisés de faire parler Dieu, chacun l'a fait parler à sa mode et lui a fait dire ce qu'il a voulu. Si l'on eût écouté que ce que Dieu dit au cœur de l'homme, il n'y aurait jamais eu qu'une religion sur la terre.
Nos catholiques font grand bruit de l'autorité de l'Église; mais que gagnent-ils à cela, s'il leur faut un aussi grand appareil de preuves pour établir cette autorité qu'aux autres sectes pour établir directement leur doctrine? L'Église décide que l'Église à droit de décider. Ne voilà-t-il pas une autorité bien prouvée?
La reconnaissance de la valeur des évangiles
Je vous avoue aussi que la majesté des Écritures m'étonne, que la sainteté de l'Évangile parle à mon cœur. Voyez les livres des philosophes avec toute leur pompe: qu'ils sont petits près de celui-là! Se peut-il qu'un livre à la fois si sublime et si simple soit l'ouvrage des hommes? Se peut-il que celui dont il fait l'histoire ne soit qu'un homme lui-même?
Comment rendre un culte à Dieu et de l'action des ministres
Le culte essentiel est celui du cœur. Dieu n'en rejette point l'hommage quand il est sincère, sous quelque forme qu'il lui soit offert.
Un bon curé est un ministre de bonté, comme un bon magistrat est un ministre de justice.
Dans mes instructions je m'attacherais moins à l'esprit de l'Église qu'à l'esprit de l'Évangile, où le dogme est simple et la morale sublime, où l'on voit peu de pratiques religieuses et beaucoup d'oeuvres de charité.
Si j'avais des protestants dans mon voisinage ou dans ma paroisse, je ne les distinguerais point de mes vrais paroissiens en tout ce qui tient à la charité chrétienne; je les porterais tous également à s'entr'aimer, à se regarder comme frères, à respecter toutes les religions, et à vivre en paix chacun dans la sienne.

Et la profession de foi du vicaire savoyard se termine par ces exhortations ponctuées par un amen final: " Osez confesser Dieu chez les philosophes; osez prêcher l'humanité aux intolérants... Dites ce qui est vrai, faites ce qui est bien; ce qui importe est de remplir ses devoirs sur la terre."


En guise de conclusion, je voudrais vous lire quelques courts extraits de la lettre que Jean-Jacques Rousseau adressa à Christophe de Beaumont, archevêque de Paris, je l'ai évoquée il y a quelques instants, répondant ainsi aux attaques dont la profession de foi fait l'objet. "Je vous dirai pourquoi j'ai publié la profession de foi du vicaire, et pourquoi, malgré tant de clameurs, je la tiendrai toujours pour l'écrit le meilleur et le plus utile dans le siècle où je l'ai publié... Je dirai ma religion, parce que j'en ai une, et je la dirai hautement, parce que j'ai le courage de la dire, et qu'il serait à désirer pour le bien des hommes que ce fut celle du genre humain." Puis Rousseau poursuit en se décrivant comme "craignant Dieu sans peur de l'enfer, raisonnant sur la religion sans libertinage, n'aimant ni l'impiété ni le fanatisme; mais haïssant les intolérants plus que les esprits forts." Et il lance à Christophe de Beaumont "Monseigneur, je suis chrétien, et sincèrement chrétien, selon la doctrine de l'Évangile. Je suis chrétien, non comme un disciple des prêtres, mais comme un disciple de Jésus-Christ." Comme l'a affirmé l'historien de la littérature, Gustave Lanson, Jean-Jacques Rousseau fut bien un pur protestant libéral.

J.R.

 

Café théologique du 14 juin 2012

Ernest Winstein,
A propos du livre de Pierre Jovanovic, Le Mensonge Universel, présenté par Philippe Kah.

Jovanovic s'est apparemment bien documenté sur les textes sumériens. Il met en relief l'influence des traditions orientales de la région du Tigre et de l'Euphrate sur les textes bibliques du début du livre de la Genèse. Mais il le fait en accusant immédiatement le rédacteur de la Genèse de plagiat.
Première erreur : il n'y a pas un seul rédacteur de la Genèse qui serait ainsi coupable d'avoir copié, mais un processus de composition, impliquant de nombreux intervenants, notamment des chaînes de transmissions ayant fonctionné longtemps sur le mode oral. En fin du processus l'on aura un rédacteur final. La collection de livres qui composent le Pentateuque. Cette phase finale se situerait aux alentours de
Ce processus a commencé dans la nuit des temps. On situe d'habitude le mythe de la création du chapitre 2 de la Genèse (Adam, formé à partir de la glaise - Adamah, et Eve, prise de la côte d'Adam), quant à sa mise en forme, au temps des rois David et Salomon, soit mille ans avant Jésus. Le "récit" le plus récent, Genèse 1, met en scène un Dieu qui créé par la parole, et ceci en 6 jours. Il date du temps de l'exil des habitants de Juda à Babylone au VIè siècle avant Jésus. Cette dernière "vision" de la création est fortement inspirée des traditions babyloniennes auxquelles les exilés ont été confrontés au quotidien.

Travail rédactionnel
Quelques indications sur le travail rédactionnel et de formation des premiers chapitres de la Genèse. On distingue plusieurs traditions comme étant à l'origine des textes que nous connaissons :
- la tradition yahviste, appelant Dieu Yahvé (mot qui est basé sur le verbe être) et qui a été mise en forme en Juda au courant du 9è siècle.
- la tradition élohiste, appelant Dieu elohim, fixée dans le Nord d'Israël, mais qui a probablement des racines anciennes : Elohim étant le puriel de El, le dieu, cette tradition garde la trace du polythéisme et de l'évolution des croyances de cette population sémitique : le mot les dieux est appliqué au Dieu unique!
- la tradition sacerdotale (P = Priesterschrift), oeuvre sans doute collective et révisée plus tard, créée pour structurer le culte et la religion des juifs déportés à Babylone en 572 avant Jésus, structuration devenue encore plus nécessaire au moment du retour des déportés à Jérusalem.
- Le deutéronome : sa rédaction semble avoir commencé avant l'exil à Babylone.
Les spécialistes estiment qu'au moment de la rédaction de la Genèse les traditions yahviste et elohiste avaient déjà été réunies. C'est la tradition sacerdotale qui a finalement mis la dernière main au texte de Genèse 1, pour preuve, le jour de repos vient justifier la pratique cultuelle du 7è jour de la semaine.

Confessions de foi
A quoi ces textes ont-ils servi, sinon à exprimer la foi de la population israélienne et de Juda en ce Dieu unique qui apparaît dans ces premiers chapitres. Pour expliquer le processus de création on a utilisé les "connaissances" "cosmiques" dont on disposait à l'époque. Il est évident que les épopées que connaissaient les populations voisines d'Israël intéressaient les sémites de Jérusalem. On comprend que les exilés de Babylonne reprenaient les détails qui pouvaient leur servir mais il les reprenanient pour expliquer à leur propres correligionnaires qu'il n'y avait qu'un seul créateur, le Dieu unique d'Israël. Une manière pour les captifs d'exprimer leur propre identité au milieu de ceux qui les retenaient captifs et les exploitaient.
C'est ainsi qu'ils fixèrent leur vérité religieuse.
Il faut bien constater que le rédacteur de la Genèse qui a connu les deux versions relatifs à la création, Genèse 2 et Genèse 1, manifeste un extraordinaire esprit de tolérance et de respect, puisqu'il intègre les deux versions.
Pour qui reconnait ce processus de formation, il ne peut plus être question de mensonge. Mais de foi. L'essentiel n'était pas de dire comment se sont déroulés les événements relatifs à la création, mais de confesser que derrière ce processus créateur il y a la volonté du Dieu unique. Evidemment, en partageant cette foi avec la population, l'institution religieuse qui cherchait à consolider ses positions se donnait les moyens de perdurer.
Nous avons eu l'occasion, lorsque nous avons présenté un parcours historique de la théologie libérale en Alsace, d'évoquer qu'il y a 150 ans déjà l'alsacien Edouard Reuss, conjointement avec ses collègues allemands, avait souligné que la Genèse avec les quatre autres livres du Pentateuque, appelé aussi la Thora, n'ont pas été rédigés par Moïse et que les livres prophétiques leur étaient antérieurs - on parlera de l'hypothèse " Reuss-Graf-Kuenen-Wellhausen ".
Le 14 juin nous avons fait voir un ouvrage synthétique des travaux exégétiques qui date de 1896 (avec une première édition en 1891), "Einleitung in das Alte Testament" de Carl Heinrich Cornill, à l'époque professeur à l'université de Koenigsberg, qui décrit les processus rédactionnels et présente les traditions auxquelles se rattachent nos textes de manière extrêmement précise et que les travaux ultérieurs n'ont pas remis en cause, si ce n'est de façon tout à fait partielle, du fait des progrès de la recherche exégétique.

Interpréter le texte à partir d'une compréhension dans son contexte et chercher à comprendre sa portée symbolique.
Lorsque Javanocic parle de plagiat, il semble en réalité vouloir éluder la question de la compréhension du texte biblique, son symbolisme, son message.
D'ailleurs, pourquoi ne s'attarde-t-il que sur le chapitre 3 de la Genèse, celui qui rapporte l'histoire de la confrontation d'Adam et d'Eve à la volonté divine, si ce n'est pour justifier sa propre révulsion d'une compréhension aujourd'hui largement dépassée selon laquelle la sexualité serait considérée comme un péché, la transgression des consignes de Dieu comme le péché originel.
Certainement Jovanovic a-t-il le mérite de décrire et de dénoncer cette interprétation abusive, fausse de ce texte (Genèse 3) où il n'est pas question de transgression sexuelle. Il a raison de se révolter contre cette compréhension restrictive, culpabilisante quand il s'agit de la sexualité. Mais Jovanovic semble essentiellement chercher à soigner sa frustration que lui a causée une éducation religieuse étriquée et qui s'inspirait d'une compréhension fausse de ce texte.

Le mensonge réside dans l'utilisation que l'Eglise a faite de cet aspect doctrinal.
Jovanovic n'est pas honnête en parlant de mensonge sans avoir cherché à comprendre vraiment la portée de ce texte dans son contexte, son symbolisme notamment. Car rien dans ce texte ne parle de sexualité, encore moins de sexualité coupable. Lors de la discussion, il a été souligné fortement, et avec raison, que Genèse 3 souligne la culpabilité d'Adam et d'Eve. Mais la cause est tout autre que sexuelle : il s'agit d'une représentation de l'expérience humaine des limites, de la rupture de communication entre les humains et Dieu, et, en somme des humains entre eux (c'est ainsi que j'ai expliqué ce texte au catéchisme, dans les études bibliques et prédications, en invitant sans relâche à ne pas prendre ces textes au premier degré. On peut parler du désir de puissance de l'être humain qui le pousse à dépasser des limites, leur dépassement, qui induit la rupture relationnelle. La culpabilité résulterait ainsi du sentiment d'échec et de la conscience de la rupture, symbolisée dans le texte par le fait qu'Adam et Eve se rendirent compte qu'ils étaient nus. On peut ajouter que l'enfant vit d'abord sa sexualité de façon spontanée et sans qu'il y ait quelques traces de culpabilité qui soit.
Dès lors que se trouve mis à jour la signification des textes pris dans leur dans leur contexte - et la comparaison avec les textes orientaux, sumériens, babyloniens constitue une aide précieuse - ils apparaissent comme de jolis petits chefs-d'oeuvres, même par celui qui, dans ses convictions profondes, se déclare athée mais qui respecte le choix du croyant. Celui-ci jugera par lui-même de l'importance à leur attribuer, sachant qu'on les écrirait autrement aujourd'hui.
Philippe Kah a souligné combien il est important de ne pas se laisser enfermer par des compréhensions qui se voudraient définitives et qui ont été longtemps transmises de manière autoritaires et même au moyen de procédés répressifs.
Mais qui a s'est familiarisé avec la ligne de pensée libérale, n'aura pas de problèmes à se situer librement.

Ernest Winstein

NB
1. Dommage que Jovanovic ne se soit pas informé de manière plus sérieuse auprès de théologiens exégètes sérieux qui ont l'habitude de travailler de manière quasi scientifique. Nous trouvons heureusement sur le marché des ouvrages écrits par des journalistes qui font de vrais travaux d'investigation avant de publier.
2. Les personnes intéressées par une exégèse sérieuse, mais qui ne peuvent accéder à des ouvrages spécialisés trouveront des renseignements sommaires mais précis dans les introductions au Pentateuque et au livre de la Genèse, ainsi que des notes utiles et relevant d'un travail exégétique sérieux, dans l'édition de la TOB (traduction oecuménique de la Bible), édition intégrale avec notes et commentaires.

Religion et spiritualité

sujet du café théo du lundi 4 juillet 2011.

Introduction au thème par Emmanuelle GENAY

D'abord il convient de définir les mots " religion " et " spiritualité " :

Le mot " religion " est un terme rationnel, nécessite une approche intellectuelle, où la raison est mise en avant ; nécessite aussi une approche moral avec l'idée de devoir, d'obligation, voir même de soumission.
Le mot " religion " cache aussi une hiérarchisation : une communauté pour relier les individus, une institution avec ses dogmes, sa liturgie, ses rituels, son canon, et un lieu de culte.
La religion naît d'une révélation, qui sera répétée, cette révélation répétée donne naissance à une tradition, et donc à des rituels. La religion exerce un pouvoir et un contrôle sur sa communauté. Ce pouvoir peut s'avérer dangereux, et peut aboutir à des conflits sous la bannière du fanatisme et de l'intégrisme religieux. Se pose évidemment la question du " pouvoir de l'Eglise ", de la puissance de l'argent en son sein, quand ce n'est pas la puissance dans le pouvoir politique en faisant le jeu de ce même pouvoir politique. La religion a été et est encore liée à l'Etat, bridant toute velléité de spiritualité intérieure et personnelle. La religion incline les hommes à la résignation, à la soumission à ce pouvoir, la culture de l'ignorance est une des clés de domination de la religion sur les individus.

Le mot " spiritualité " est un terme flou, se définissant par " l'essence de l'Esprit ". Elle se caractérise par une démarche individuelle, une insoumission à tout dogme religieux, elle consiste en un dialogue direct avec le divin. C'est une quête personnelle de Dieu, en toute liberté, pouvant s'exprimer de multiples manières, telles que la musique, l'art, la peinture, la sculpture …
La spiritualité étant une quête intérieure, elle ne possède pas de structure hiérarchique, de dogmes, elle donne un souffle de liberté. Se dégage une idée d'indépendance face à tout ce qui relève de tout pouvoir, politique et religieux en particulier. La spiritualité, c'est être libre, être responsable et devoir s'assumer soi-même, et la religion vient souvent briser cette liberté d'être responsable soi-même.
La spiritualité est la culture de la foi, la recherche du sens de la vie, une démarche individuelle (je cite en exemple Théodore Monod) mais cette démarche a aussi un caractère universel. La spiritualité va au-delà des " frontières ", des barrières religieuses imposées par les religions établies.
La spiritualité est une confrontation de chacun d'entre nous à l'énigme de l'existence, aux grandes questions existentielles qui nous traversent. C'est un chemin , une route de longue haleine, un voyage que l'on parcourt seul et où les rencontres sur ce chemin deviennent des temps de partage et d'enrichissement mutuels pour notre quête intérieure. Mais attention, il ne faut pas confondre quête spirituelle et narcissisme de la société consumériste. L'Esprit souffle où il veut, il supporte très mal d'être enfermé !

Convergences et divergences entre religion et spiritualité :

Nous avons dit que la spiritualité est la quête du sens de la vie, de l'absolu. Ce mot " vie " est commun à toutes les spiritualités, il s'y dégage une idée d'unité, d'unicité, et de réciprocité. La religion est une quête vers le divin, mais avec des noms multiples : Dieu, Allah, Yahvé, Brahma … au point où si j'ose dire, on ne sait plus à quel saint se vouer ! Et cette dualité perpétuelle pour savoir quelle religion est la meilleure a généré et continue encore de générer des conflits sanglants dont les points de départ sont des idéologies et des dogmatismes.
A l'heure où la Terre est un village planétaire, nous voyons bien que les dissensions religieuses perdurent dans leurs violences, mais en parallèle, les spiritualités de différents peuples se mêlent et s'entremêlent avec comme prémisse l'idée de partage, de communion, de relation riche et harmonieuse. Je pense aux peuples nomades ayant un savoir millénaire, qui disparait à grande vitesse face à la sédentarisation et l'urbanisation des populations, et pour survivre ces peuples nomades nous montrent par leur spiritualité croisée la richesse que nous risquons de perdre, ce lien précieux avec le Divin. Nous assistons aussi à des conflits de plus en plus violents entre les courants fondamentalistes des grandes religions, cela risque d'aboutir à un retour archaïque des mauvais penchants de toute religion (ne pas penser par soi-même, prendre le texte au pied de la lettre, briser l'esprit critique au risque de créer de nouvelles hérésies).
Le lien entre religion et spiritualité est très vague, très flou, mais il existe une spiritualité à l'intérieur d'un cadre religieux établie, qui se nomme mystique.
Ce lien est flou, car actuellement, il y a un divorce, une séparation marquée entre religion et spiritualité. La spiritualité a pris refuge dans le cheminement des aspirations intérieures de l'être humain. Cela est-il la conséquence de l'individualisme et du repli dans la sphère privée qui caractérise notre temps ? N'est-ce pas une opportunité pour les religions établies de se remettre en cause dans leurs pouvoirs ? N'est ce pas une opportunité pour que spiritualité et religion se complètent, de quelle manière et pour arriver à quel aboutissement ?
Cependant il faut bien reconnaître que les grandes religions ont cette prétention dangereuse d'incarner la seule voie qui mène à la spiritualité, la seule vérité, et que toute démarche contraire conduit à l'hérésie.

Le monde actuel a besoin, a soif de quelque chose de nouveau, d'une nouvelle spiritualité, mais de quelle manière la construire, et à partir de quelle base ? Quelle référence religieuse ? Ou pas ? Comment relier (sens premier du mot religion) sans tomber dans le piège des dogmatismes et des pouvoirs ?
Face à la problématique de la préservation de la vie sur terre, ne faut-il pas écouter et se relier aux peuples nomades, pour nous apprendre à respecter toute vie sur Terre et à respecter notre Terre, à respecter la Création, chef d'œuvre de notre Créateur, de l'Incommensurable que nous nommons Dieu ? En optant pour cette voie, basée sur des idéaux éthiques (et non dogmatiques) du respect de l'humanité, et du respect de toute vie, seront brisées les chaînes de l'égoïsme et de l'égocentrisme humains. Le problème est de savoir combien de temps cela prendra et sous quelle forme cela se fera, car il est très difficile de changer la conscience collective et les carcans de nos sociétés, mais il semble urgent et indispensable de prendre cette route aujourd'hui. Peu importe le chemin emprunté, nous irons tous vers ce même Sommet Ultime.

E.G.

 

L'homme est-il bon ?

sujet du café théo du 13 octobre 2011.

Introduction au thème par Ernest Winstein : Aspects bibliques du questionnement

Introduction.
La question " L'homme est-il bon ? " préoccupe non seulement les participants au café théologique, mais visiblement de nombreux internautes…
L'on se demandera lors de la discussion s'il s'agit d'une bonne question - il paraîtrait plus important de tenter de définir l'être humain…

Quelques considérations structurantes :
De prime abord, " être bon " consiste à avoir des rapports à autrui qui, littéralement, " font du bien ", en lui procurant du bonheur, du bien-être, en stimulant sa vie.
Dans le même ordre d'idée, le mal est ce qui porte préjudice à l'autre, ou qui le fait souffrir.
Mais on dit aussi qu'un homme est bon parce qu'il ne fait de mal à personne. Dans ce sens, il s'agirait du respect de l'autre, ou… de l'indifférence à son égard. Si l'autre a besoin de secours, cet homme soit disant bon, s'il n'intervient pas en faveur de l'autre, peut-il encore être appelé bon ?
L'homme naturel, c'est-à-dire pris dans son animalité ne serait pas mauvais - ainsi un animal n'agresse son congénère que s'il craint pour sa subsistance ou son territoire.

Qu'en dit la Bible ?

De prime abord, l'humain de la Bible est capable de tout : de bonté envers l'autre et de méchanceté. Serait-il donc incapable de bonté naturellement ?

Le texte qui nous vient assez spontanément à l'esprit est le poème sur la création du livre de la Genèse au chap. 1. Il s'y trouve dit que l'homme voulu par Dieu est bon, même très bon. Remarquons que ce qualificatif désigne autant la beauté de ce qui est créé que la capacité morale - toute la création est considérée comme bonne et belle.
Ensuite, il faut constater que ce texte est une confession de foi. Celui qui l'écrit - à partir de représentations mythiques, notamment babyloniennes, ou qui y met la dernière main - " croit " que l'humain est bon. Ce croyant ne fait pas la démonstration de la bonté de l'homme. Il croit en Dieu, il croit aussi en l'homme.
[Note : En hébreux, le terme utilisé "tov" se traduit par " bon ", mais encore par " doux " (cf. le chant : " Hinema tov..., Qu'il est doux de voir des frères... ").

Il est donc dit que l'être humain est capable de bonté.
La suite de la Genèse montre qu'il est aussi capable du pire : du meurtre (Genèse 4).
Mais auparavant, le rédacteur du livre place l'histoire symbolique de la tentation d'Adam et d'Eve au jardin d'Eden (Genèse 3) :
Le rédacteur qui croit que Dieu a fait l'être humain " à son image " exprime bien que l'homme est libre de faire des choix. Eve et Adam sont tentés d'être comme Dieu. Ils choisissent d'aller au-delà de leurs limites. Ils ont oublié qu'ils sont liés à leur condition humaine et qu'ils ne peuvent être Dieu.
Ce n'est pas Dieu qui a fait de l'humain un être faillible. La dégradation de la condition de l'homme provient de sa tentation de prendre la place de Dieu. Adam et Eve cohabitent d'abord sans problème (ils sont nus). Ils vivent aussi face à Dieu sans problème. Il y a rupture à partir du moment où ils veulent être comme Dieu : rupture avec Dieu, et rupture entre eux deux : ils cachent leur nudité, ils prennent de la distance par rapport à l'autre. Le terme biblique (et non moralisateur) exprimant cette rupture est le mot " péché ".
Toujours dans le livre de la Genèse, on retrouve une sorte de volonté de puissance dans le cas Caïn et Abel (chapitre 4). Caïn jalouse Abel pour la place d'honneur sous le regard de Dieu.
L'histoire de Noë (Genèse 7) montre une attitude humaine opposée : Noë a la vie sauve parce qu'il choisit d'être ouvert à Dieu et, partant, devient sauveur d'une partie de l'humanité.
La suite du livre présente encore des cas et de lutte de pouvoir : Isaac, fils d'Abraham devient chef de tribu contre son frère et Jacob ravit la place à Esaü. Joseph, fils de Jacob, parce qu'il a la faveur du père, est jalousé voire haï par ses frères, jeté dans un puits, vendu comme esclave, mais rattrapé par Dieu, certainement parce qu'il est un homme - on ne dira pas " bon", mais " intègre ", juste, et c'est ainsi qu'il devient un grand intendant du pharaon.

Ces histoires plutôt mythiques ont une charge symbolique extrêmement forte!
Retenons que ces textes ne disent pas l'homme mauvais. Il est capable de choisir. Il est donc responsable de ce qu'il entreprend.
L'image de l'homme, implicitement ou explicitement exprimée par le livre de la Genèse, est celle d'un être tenté par le pouvoir. Il est conscient de son choix.
La société hébraïque s'est donnée un certain nombre de règles (notamment ce qu'on appelle le décalogue - Exode 20) pour favoriser le vivre ensemble. L'origine de ces règles a été attribuée à Dieu.
L'homme est ainsi considéré comme responsable vis-à-vis de Dieu. Mas ce sont les humains qui exécutent la sentence : L'infidélité des Hébreux qui dansent autour du veau d'or leur vaut la mort. Moïse en fait exécuter une quantité ; dans les termes actuels, on pourrait parler de crime contre l'humanité - mais rappelons que ces textes bibliques à l'allure de récits ne sont pas des textes historiques mais symboliques.

L'histoire d'Adam et d'Eve se répète sans cesse à travers l'histoire d'Israël : l'infidélité envers Dieu, la rupture (appelée " péché "), est un thème favori des prophètes qui expliquent les déboires des rois par leur injustice envers leurs sujets, provoquée elle-même par leur non-écoute de Dieu : Israël est vaincu par les assyriens, la déportation est sans retour ; Juda est vaincu par les Babyloniens, - Jérusalem et le temple sont détruits, l'élite déportée.
" Chercher l'Eternel ", " pratique la justice ", sont des mots d'ordre favori d'Amos, par ex. 6,14 : "Recherchez le bien et non le mal, afin que vous viviez " ; v. 15 : "Haïssez le mal et aimez le bien, faites régner à la porte la justice". Dans les malédictions qui précèdent, Amos dénonce les injustices : 5,12 : 3 "Vous opprimez le juste, vous recevez des présents; Et vous violez à la porte le droit des pauvres".

Nous constatons que l'Ancien testament parle très peu de bonté, mais de fidélité à Dieu et de justice entre humains - la fidélité à Dieu impliquant celle-là.

Le Nouveau Testament qui exprime l'attente du messie et l'affirmation de son accomplissement en Jésus présente l'image d'un messie guidé par le sens de la justice qui doit être à l'image de la justice divine. Le cantique de Marie (Le "magnificat" dans Luc 1) célèbre Jésus comme messie qui fera tomber les inégalités.
Jésus, à travers son enseignement, rend attentif aux dérives de comportement qui portent atteinte à l'autre, non seulement quant à son corps, mais à l'être moral - voir les antithèses dans Matthieu 5, v. 21ss : on peut " tuer " par la parole.
Les béatitudes qui précèdent ces antithèses sont un appel au bonheur, non dans le sens d'une invitation à un bonheur béat, mais au choix et à l'action qui permettent d'atteindre une justice " plus grande " (voir le verset 20 de Matthieu 5) : heureux les " manquants d'esprit ", car ils sont ouverts à l'esprit (de Dieu) ; louange des débonnaires et des " assoiffés " de justice.
[Note : le terme grec "makarios", en général traduit par "(bien)heureux", signifie dans son essence "merveilleux" ; de "makar", qu'on traduit par bonheur. Le terme "bonheur" n'existe pas en hébreu biblique et qu'il est rare en grec biblique. Lorsque le mot bonheur que l'on rencontre dans les traductions bibliques, traduit l'adjectif hébreu "tov", qui peut être rendu par bon ou bien. Les bienheureux sont donc ceux que Dieu regarde avec faveur, parce que Dieu le trouve bons].

La " règle d'or " (Mth 6, 12) demande à faire à autrui ce que l'on attend d'eux : ce que vous voulez que les prochains fassent pour vous...
Le double commandement d'amour (Dieu et le prochain) évoque respect, ouverture, assistance.
Soyez miséricordieux Math 23,23 : " Malheur à vous scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous payez la dime de la menthe, de l'aneth et du cumin, et que vous laissez ce qui est plus important dans le loi, la justice, la miséricorde et la fidélité" (cf. Amos 6).
On ne peut prétendre aimer Dieu sans aimer le prochain. L'ouverture à Dieu stimule la conscience de nos rapports à autrui.

Conclusion :

Nous découvrons dans la Bible une véritable trame : la bonté envers l'autre se trouve stimulée par l'ouverture de l'homme à Dieu. Les préceptes invitent à choisir une attitude de justice et à ce choix en oeuvre.
Plus qu'une qualité la bonté est une attitude morale ou éthique, du fait de la conscience que nous avons de l'autre, de la conscience que nous avons de nous-mêmes et que l'autre aide à révéler, de la conscience d'appartenir à un ensemble humain, la société.
L'homme est capable de faire des choix. C'est là une manière d'être à l'image de Dieu. L'homme est responsable de ces choix - devant Dieu, selon la compréhension biblique, dans un sens plus universaliste, devant la société dont il est partie prenante et intégrante. Albert Schweitzer parlera d'attitude éthique : celle-ci n'est pas dictée par une loi inexplicable, mais par la conscience que nous avons de l'autre et la conscience de notre statut d'être social.

E. W.

Pardonner

Sujet du café théologique du 8 décembre 2011, Strasbourg

Le débat du café théologique du mois de décembre 2011 a porté essentiellement sur la question du pardon dans les rapports interhumains.
Il a été souligné à plusieurs reprises que le pardon n'efface pas les faits, mais rend plus viable la situation dégradée des rapports entre personnes ayant causé et subi des préjudices.
Il n'y a pas d'obligation de pardon. D'ailleurs, pour être " reçu " le pardon doit être souhaité, désiré.
Le pardon ne remplace pas la justice. Il y a des actes injustes - impardonnables ! - pour lesquels la société se doit de placer des actes de justice.
Qu'apportent les considérations bibliques sur le pardon ? Que nos rapports avec Dieu nous renvoient l'écho de nos relations interhumaines. Le péché, défini comme une situation de rupture entre humains, (ou entre humains et Dieu) est le fait d'une injustice commise, ou d'un acte qui va à l'encontre de la volonté de vie que nous attribuons à Dieu - une façon l'aller à l'encontre de la volonté de Dieu et de causer la rupture de la relation à Dieu, cette rupture qui nous prive en même temps d'une image positive de nous-mêmes que Dieu seul peut rétablir.

Voir aussi :

- le dossier publié par le mensuel "Evangile et Liberté du mois de décembre 2011

- sur le site du Café philo la contribution de Gérard : "Après l’épreuve est-il possible de pardonner ?" http://www.philousophe.fr/page109.html#pardon

Le mensuel " Evangile et Liberté " a publié dans le numéro de décembre 2011, pp. 9-15, un très bon dossier sur le pardon. (Articles de Marie-Noëlle Duchêne, Louis Pernot, Camille Jean Izard, James Woody, Laurent Gagnebin).

 

Qu'est-ce qui empêche la paix du coeur ?

Café théologique du 9 février 2012

Introduction par Denise Haas

La nature a mis à notre disposition trois moyens de connaissance :
- l'intelligence de la tête, l'instruction que nous recevons exerce l'intellect.
- l'intelligence du corps ; nous assurons notre forme physique par la pratique de sports, nous surveillons notre alimentation et essayons de faire en sorte d'avoir un corps sain.
- l'intelligence du CŒUR. C'est là que se développe le sentiment juste, l'instinct, l'intuition. Il n'est pas de voie initiatique qui ne fasse la part belle à la purification du cœur. Mais ce domaine est souvent totalement négligé.

Mais que veut dire " la paix du cœur " ? La paix intérieure c'est l'unité avec tous, c'est la sérénité, c'est être unifié soi-même. Avoir un cœur léger, le cœur en paix, n'est-ce pas là un but à atteindre ? Les obstacles qui empêchent LA PAIX DU CŒUR sont nombreux : - Ne pas vivre ICI ET MAINTENANT : être encombré par les marques d'un passé toujours présent qui se projette en craintes et en rêves sur le futur. - Avoir le désir d'obtenir continuellement l'approbation d'autrui. - Ne pas rester simple et chercher l'éclat - Vivre dispersé, dans l'agitation, le désordre, dans le bruit - Un frein important : la susceptibilité - Les émotions : la peur, la jalousie, la convoitise, la colère, l'anxiété et la vanité - le manque de discernement - les conflits : lorsqu'on n'est pas en paix avec soi, on ne l'est pas avec les autres. - la division : une part de nous-mêmes dit oui, l'autre part ne peut adhérer parce que cela nous mettrait en cause. Ce sont aussi nos manques qui empêchent la paix du cœur. - Ne pas se sentir aimé : ce qui provoque l'angoisse et la violence, on peut se poser la question, pourquoi certains se sentent aimé et d'autres pas ? - Se sentir victime ;
- Le manque de connaissance de soi, l'ignorance ; - Etre l'objet des autres, ne pas prendre sa place ;
- Vouloir ce que l'autre a (l'herbe du voisin plus verte que la sienne) - Ne pas être unifiés - " le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas ". La tête voit la situation d'une certaine manière et le cœur d'une manière tout à fait différente. - Ne pas admettre la réalité de l'inconscient - pourtant il est d'une importance capitale. C'est une réalité bien connue des enseignements hindous, bouddhistes, tibétains, soufis et ceci bien avant Freud ; C'est quand même un fait fondamental : une grande part de notre vie psychique est inconsciente, image de l'iceberg un sixième est à la surface de l'eau et cinq sixième sous l'eau. L'arbre donne également cette image, d'un côté le tronc et les branches et de l'autre les racines bien enfouies dans le sol. Mais que pouvons-nous faire pour arriver à une vie harmonieuse ?
Que faire pour trouver sa place ? Et trouver peut-être un sens à sa vie ?

Pour qui désire progresser dans quelque domaine que ce soit, AUTRE CHOSE EST POSSIBLE.
Il faut une véritable prise de conscience et une stimulation de ses ressources intérieures :
- Apprendre à se relaxer pour être plus détendus, il est fondamental d'apprendre " à sentir " son centre vital, de s'équilibrer, de se centrer
a)La relaxation, par ex. la sophrologie, devrait faire partie intégrante de tout enseignement, l'enseignement de la vie et ceci le plus tôt possible. b) la visualisation intérieure également peut avoir une incidence positive dans notre vie. Ces techniques peuvent nous laisser plutôt sceptiques, mais il ne s'agit pas de croire sur parole, mais d'expérimenter. L'EXPERIMENTATION VOUS CONVAINCRA BIEN MIEUX QUE N'IMPORTE QUELLE EXHORTATION ; Lorsque l'être est centré, il vit en harmonie, il a confiance en lui. Avoir confiance c'est cultiver le germe de paix. - Développer ce qu'il y a de sain en nous, prendre soin de ce qui va bien en nous. " Je suis aimé par la VIE " (même si je n'étais pas aimé dans mon enfance) Nous n'avons pas à avoir honte de nos faiblesses, l'acceptation est la source de la paix. - Faire face, trouver sa propre place, vivre dans l'être et non dans l'avoir. L'essence de l'être, notre propre SOI, se révèle à condition que notre cœur ne soit plus encombré.
Nous pouvons faire le choix de l'altérité, c'est un enrichissement. Dans les relations entre adultes, nous pouvons faire l'unité. La compassion c'est de l'énergie nucléaire, nous sommes tous des centrales !!!
NOUS POUVONS FAIRE DU CHAOS UN COSMOS ; Il n'y a qu'un seul chemin, c'est la sympathie mutuelle, c'est l'AMOUR. Je vous remercie pour votre attention.
D. H.

 

Résurrection : mythe ou réalité ?

Café théologique du 12 avril 2012. Textes de Ernest Winstein et Jacques Richard

Introduction

Témoignage : Rodolphe Muller, ancien athlète, coureur cycliste et poète, dans un article publié longtemps après sa mort, en novembre 1950, par le mensuel " Cyclette-Revue " écrit : " La mort secourable puissance, rend l'âme à la clarté supérieure des apothéoses. … La mort n'est même pas une étape, car rien ne saurait imposer un arrêt, si minime soit-il, à l'inéluctable mouvement de la création. Les secondes qui se perdent dans les minutes, les minutes dans les heures, les heures dans les jours, tout n'est qu'infinie continuité dans le rythme des harmonies. "
[Rodolphe Muller, athlète et poète. 3è dans la course cycliste des 72 heures du Parc des Princes en 1897, publié dans le n° 85, novembre 1950 du mensuel Cyclette-Revue].

Cette confession de foi exprime l'espérance que la réalité humaine ne disparaît pas purement et simplement au moment de la mort.
Espérance, disons-nous, car tout ce que nous ajouterons risque de n'être que spéculation.
Nos considérations d'aujourd'hui puissent-elles aider à clarifier le débat, il vaut la peine de poser la question de la résurrection.
- E.W. donnera des indications sur la compréhension de la résurrection de Jésus.
- Jacques introduit à la compréhension biblique de la résurrection.
- Jean-Marc propose un élargissement du champ de réflexion au sujet de la résurrection. EW

 

Ernest Winstein : Comprendre la résurrection de Jésus.

La question d'une résurrection de Jésus n'est pas à mettre sur le même plan que la croyance en la résurrection professée par les pharisiens au temps de Jésus, partagée par Jésus lui-même, et, par la suite, par les chrétiens des Eglises. Les sources sont, bien sûr, les textes du Nouveau Testament, mais je rappelle que l'on ne peut tout mélanger, secouer comme un cocktail et boire la synthèse. Il faut distinguer la tradition et l'interprétation, la tradition transmet des témoignages d'ordre historique, l'interprétation de l'évènement sera différente en fonction des milieux, de la pensée des auteurs. Ce sont les spécialistes de l'exégèse qui aident à distinguer tradition et interprétation. Nous avons le devoir de consulter au moins leurs conclusions.

Jésus parle très peu de la résurrection.
Les sadducéens lui posent une colle en demandant de qui la femme aux 7 maris sera l'épouse (Marc 12 , 19-27). La réponse de Jésus laisse entendre que les rapports entre humains, en l'occurrence entre femme épouse et hommes époux, seront différents à la résurrection, puisque dit Jésus nous serons semblables aux anges dans les cieux, c'est à dire notre être sera se vivra dans la proximité de Dieu (cf aussi v. 27 : Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais le Dieu des vivants ").
Jésus répond à la question de savoir comment hériter la vie éternelle (Marc 10.17-31). Il n' y a rien de spécial à faire, si ce n'est de vivre selon la volonté de Dieu (V. 19 : " Tu connais les commandements "), on pourrait dire aujourd'hui : favoriser l'expression de la vie (cf. les commandements sont au service de la vie, ils aident à vivre ensemble).

Cette résurrection est généralement située à la fin des temps.

La résurrection de Jésus au contraire se situe dans le temps.
Elle est de l'ordre du fait, de l'évènement. S'il est difficile d'affirmer qu'elle est un événement historique elle est liée à un fait historique : la constatation du tombeau vide (Marc 16, 1-8). Les spécialistes (sérieux) sont d'avis pour dire que c'est là le seul indice que l'on peut qualifier, avec quelque assurance, d'historique. D'ailleurs l'évangile de Marc se terminait sur cette constatation et la mention que Jésus précède les disciples en Galilée.
Rappelons que le motif officiel de la condamnation de Jésus était d'avoir voulu être le Christ, roi des Juifs (et non pas le sauveur du monde entier).

Deux catégories de genres littéraires parlent de résurrection : Les récits d'apparition
Et les récits kérygmatiques, de d'évangélisation, qui sont des proclamations au sujet de Jésus : " il est mort et ressuscité ".

Quelle est la réalité de ce Jésus ressuscité ?

a) Les évangiles

Si Jésus semble parfois se présenter de façon mystérieuse, les textes qui parlent de ses "apparitions" sont autant de confessions de foi à charge symbolique, sa réalité est bien corporelle :
Dans l'ajout à l'évangile de Marc (à quelle époque ? vers la fin du 1er siècle ?), chap. 16 v. 9ss, Jésus apparaît à Marie de Magdala ou Marie-Madeleine (influence de Jean), ce qui souligne une relation privilégiée entre lui et elle), puis à deux disciples (influence de Luc), puis aux onze. Luc rapporte que Jésus marche avec deux disciples sur le chemin d'Emmaüs, puis apparaît aux onze (Luc 24.13ss et 36ss), puis suit une interprétation universaliste : toutes les nations, " à commencer par Jérusalem ", sont destinées à avoir part au pardon des péchés. Il n'est pas dit que la mort de Jésus est un sacrifice en vue du salut. La mention de l'ascension (" enlevé au ciel ") qui suit sera détaillée par Luc dans les " Actes des apôtres ". Jean au ch. 20 (texte composite) rapporte une rencontre entre M-Madeleine et Jésus à l'entrée du tombeau. M-Madeleine ne doit pas le toucher, parce qu'il n'est pas encore retourné vers son " père ", ce qui exprime la compréhension johanno-gnostique de la mort et de l'élévation. L'apparition aux disciples en un endroit fermé relève d'une autre interprétation : Thomas est invité à mettre sa main dans le flanc de Jésus (Jean est le seul à parler d'un coup de lance pour constater le décès de Jésus). Puis, dans une annexe (21), nous avons droit à une apparition de Jésus au bord du lac de Tibériade, texte hautement symbolique - notamment la gestion de la culpabilité de Pierre). Matthieu, dans l'annexe de Matthieu, v. 16-20, qui ne reflète pas la pensée de l'évangéliste développée par lui au sujet de Jésus, les disciples rencontrent Jésus sur la montagne en Galilée, ils rencontrent Jésus comme Moïse a rencontré Dieu sur le Sinaï, et l' "adorèrent " (v. 16). Jésus est donc quasiment déifié.

b) Paul

Paul rencontre sur le chemin de Damas et entend sa voix : Pourquoi me persécutes-tu ? (Actes 9.4). Dans sa notice de 1Cor 15, 5-8, Paul écrit que le Christ (il ne l'appelle pas Jésus) a été vu par Céphas, puis par les douze, ensuite par plus de 500 frères " dont la plupart sont encore vivants ", ensuite par Jacques (sans doute le frère de Jésus), puis par tous les apôtres, après eux tous à lui, Paul (" il s'est fait voir à moi, comme à l'avorton "). En Galates 1,10 Paul affirme : " Dieu a révélé en moi son Fils ".
Paul est certainement un des premiers à interpréter la mort de Jésus comme un sacrifice librement consenti " il s'est donné lui-même pour " nos péchés " (Gal. 1,4 - voir aussi 1Cor. 15,3 : " Christ est mort pour nos péchés, selon les Ecritures ") et pour " nous arracher au présent siècle mauvais ", procédure où même la mort de Jésus semble avoir été programmée par Dieu puisque Paul ajoute " selon la volonté de notre Dieu et Père " (1.4). Pour Paul Dieu " l'a ressuscité d'entre les morts " (Gal. 1.1). On comprend alors, sans le partager, son absolutisme de sa pensée : 1Cor 15, 17 : " Si Christ n'est pas ressuscité, votre foi est vaine ". Vaine sentence. Si le christianisme est parvenu jusqu'à nous avec l'enseignement de Jésus, ce fut contre Paul, dont la pensée n'a pas été partagée par nombre de ses contemporains, et n'a commencé à émerger qu'au 2è siècle.
Inutile de vous dire que je ne partage pas l'interprétation paulinienne - elle n'a d'ailleurs pas empêché les défenseurs de la nature humaine de Jésus de transmettre leur compréhension jusqu'au 4è siècle (le concile de Nicée, où ils sont mis, de justesse, en minorité) et bien au-delà.
Le récit de l'ascension le montre enlevé par une nuée. Récit symbolique qui veut montrer que Jésus ne reste pas emmêlé ou dominé par la réalité terrestre, mais vit dans la proximité de Dieu. (C'est là le seul rapprochement que l'on puisse faire avec le texte présentant la réalité d'un ressuscité comme ressemblant aux anges de Dieu.

Leçon de ces remarques :
On ne peut tirer des évangiles l'explication de la résurrection comme un phénomène mystérieux agencé par Dieu lui-même (contre Paul, cf. Gal.1.1),

Constatons avant tout que les disciples, d'abord terrés, continuent en quelque sorte l'œuvre du maître (en transmettant son enseignement, et en continuant à croire en un royaume de Dieu (Luc). On peut interpréter cela en disant que Jésus ressuscite dans la vie de ses disciples.

Je partage aisément cette façon de comprendre la résurrection et de lui donner une réalité.
Avec une réserve toutefois.
Pour que les disciples se soient décidés à poursuivre l'action, il fallait bien que quelque chose de concret les motive. A mon avis, il s'agit de l'espérance que le royaume attendu puisse se réaliser malgré l'échec signifié par la condamnation et la croix.
Ce Jésus s'il avait disparu de l'espace public visible par le commun des contemporains, il ne l'était pas définitivement :
Le chap. 13 de Marc, appelé l'apocalypse de l'évangile, montre bien une attente d'un retour concret de Jésus comme messie.

On peut alors se demander s'il était vraiment mort. Question un peu gratuite, puisqu'on ne peut l'étayer avec des arguments d'ordre historiographiques.
Poursuivons notre interrogation : Si Jésus n'était pas mort, on peut supposer que des proches l'aient mis à l'abri, soigné. Et dans ce cas, s'il a vécu à proximité de la Palestine, il n'y est pas revenu publiquement, la situation de la Palestine s'étant compliqué, notamment par la guerre juive qui s'est terminée en 70 dans le bain de sang et la destruction du temple et de la ville de Jérusalem. Ce désastre a écarté pour longtemps la possibilité d'une restauration de l'indépendance du peuple juif.
Qu'est-il alors devenu ? Le récit symbolique de la montée au ciel ne cherche-t-il pas aussi et premièrement à répondre à cette question ? Il faut bien qu'il soit enterré quelque part. Où ? Dans le tombeau deTalpiot découvert près de Jérusalem, ou dans une lointaine colonie juive en Inde ou au Népal, ou en Iran… Le mystère est insolvable.

Conclusion :
Constatons que la mort de Jésus n'a pas été un point final à son engagement. Elle nous renvoie à nos vies, au souffle vital - divin, dirons-nous en vertu de notre foi- qui les anime.
Si nous avons été marqués par cet homme hors du commun, nous avons la possibilité, aujourd'hui, de porter son flambeau et donner corps à sa résurrection. Jésus ressuscite dans la vie des humains qui partagent sa foi, son idéal de vie et d'un monde fait de justice, de convivialité, d'entr'aide. EW

 

Jacques Richard : La résurrection dans la Bible. Etat des lieux


Si on voulait en seul mot définir l'événement fondateur du Christianisme, un seul mot pourrait être retenu, celui de résurrection. Pour le théologien catholique, le jésuite Xavier-Léon Dufour, auteur d'un dictionnaire du Nouveau Testament, le mot résurrection peut se définir ainsi, et vous allez tout de suite comprendre pourquoi j'ai choisi de retenir cette définition. Résurrection, principale image par laquelle les Juifs et les Chrétiens disent ce que devient l'homme après sa mort. Pour Xavier-Léon Dufour, le mot résurrection ne veut pas signifier un simple retour à la vie, comme l'épisode de Lazare, relaté par l'évangéliste Jean (Jn 11, 33-44), mais une accession à une vie pleine et définitive.

Ce qui est intéressant dans la définition de Xavier-Léon Dufour, c'est que le mot résurrection ne se rapporte pas seulement à la tradition chrétienne mais aussi au judaïsme. C'est donc la preuve que dans le judaïsme, le concept de résurrection était déjà présent. Cette idée de résurrection faisait même débat au sein du Judaïsme. Je n'en veux pour preuve que la controverse opposant Jésus aux Sadducéens, qui est rapportée dans les trois évangiles synoptiques: Mat 22, 23-33; Mc 12, 18-27; Lc 20, 27-38. Qui étaient donc ces Sadducéens? Les Sadducéens selon l'historien juif Flavius-Josèphe formaient un parti religieux qui se recrutait parmi les prêtres. Pour eux, seul le pentateuque, c'est à dire les cinq premiers livres de la bible faisait autorité. Contrairement aux Pharisiens et aux Esséniens, les Sadducéens n'admettaient pas l'existence des anges et niaient toute forme de vie après la mort, alors que les premiers nourrissaient une pareille espérance.

L'espérance en une vie après la mort, est une notion qui s'est structurée peu à peu dans le temps en revêtant des aspects divers qu'il serait illusoire de développer au cours d'une présentation générale. Initialement dans l'Ancien Testament, la vie était considérée comme une force, la mort comme un affaiblissement. La mort était en quelque sorte un degré d'activité comparable au sommeil. Le séjour des morts est le shéol. Il faut avoir présent à l'esprit que la conception du monde en ces temps bibliques était la suivante: le monde terrestre pouvait être comparé á une assiette soutenue par des piliers, et en dessous de cette dernière il y avait le shéol environné par de l'eau. Il y avait pour les morts sans sépulture un sous-shéol (psaume 88,7) Selon l'expression consacrée du judaïsme, le mort est couché avec ses pères et le rituel funéraire est particulièrement défini, et il est interdit de toucher un mort.

C'est avec un texte d'Ezechiel, au chapitre 37, les versets 1 à 4 qu'apparaît en quelque sorte une espérance de survie après la mort: " il me déposa au milieu de la vallée, une vallée pleine d'ossements .... Ils étaient complétèrent desséchés " Il y a dans ce texte une très grande espérance de la résurrection du petit reste d'Israël. Mais, il s'agit d'une restauration politique: Israël est à nouveau le peuple de Dieu sur sa terre. La restauration est collective et passe par des étapes reprises de Genèse 2: les cadavres prennent d'abord chair et reçoivent le souffle de vie de Yahvé.

Dans le livre des Rois se trouvent des récits de résurrection. 1 Rois 17,17-24: résurrection du fils de la veuve. 2 Rois 4,31-37: résurrection du fils de la Shounamite. 2 Rois 13,20-21: réveil d'Elisée. Dans tous les cas, ce sont des retours à la vie menacés par la mort. Tous ces textes sont des transitions vers une espérance nouvelle.

Mais il faut attendre le deuxième siècle avant Jésus-Christ pour voir apparaître dans la littérature apocalyptique, littérature de révélation et non annonciatrice de catastrophes, une espérance en la résurrection. Le contexte historique est le suivant. Au cours des années 167 à 164 avant Jésus-Christ, la décision d'Antiochus IV Epiphane d'interdire le culte juif provoque la révolte de ces derniers. Commence à s'exprimer clairement l'espérance selon laquelle les pieux morts en raison de leur fidélité à Dieu, à leur culte et à la l'Oise réveilleraient et ressusciteraient. Ainsi on peut lire dans le livre du prophète Daniel, au chapitre 12, les versets 1 à 3, je cite: " En ce temps là se dressera Michel, le grand prince, lui qui se tient auprès des fils de ton peuple. Ce sera un temps d'angoisse tel qu'il n'en pas advenu depuis qu'il existe une nation jusqu'à ce temps là. En ce temps là, ton peuple en réchappera: quiconque se trouvera inscrit dans le livre. Beaucoup de ceux qui dorment dans le sol poussiéreux se réveilleront, ceux-ci pour la vie éternelle, ceux-la pour l'opprobre, pour l'horreur éternelle. " Pour le prophétie Daniel il y a là l'idée d'un jugement à la fin des temps. Sous Antiochus-Epiphane, les premiers martyrs moururent, et seuls les martyrs et les saints sont promis à la vie éternelle.
Les livres des Maccabées (qui ne figurent pas dans les bibles protestantes) retracent l'histoire de 7 frères torturés et mis à mort pour avoir résisté (2 Maccabées 7, 9,11,14,22-23,28-29) Toujours dans le livre des Maccabées (2 Maccabées 12, 43-45) il est fait état d'un sacrifice expiatoire: pratique destinée à ceux qui sont morts au combat en état d'infidélité. Théologiquement, ce texte est intéressant puisqu'il envisage la possibilité d'une intercession pour les défunts (v. 44)

L'espérance d'une survie après la mort s'exprime dans les écrits inter testamentaires comme dans le livre d'Enoch l'Ethiopien (livre des veilleurs). Les morts sont en attente du jugement dernier.

À cette idée d'une survie dans le temps s'en ajoute une autre que l'on peut qualifier de spatiale. Aux origines de cette représentation, il y a les figures d'Enoch et d'Elie qui eux n'ont pas connu la mort. Pour Enoch, il faut se reporter à Genèse 5, 24 " Ayant suivi les voies de Dieu, il (Enoch) disparut car Dieu l'avait enlevé. " Pour Élie, le passage se trouve dans le deuxième livre des Rois (2 Rois 2,11): " Tandis qu'ils poursuivaient leur route tout en parlant, voici qu'un char de feu et des chevaux de feu les séparèrent l'un de l'autre: Élie monta au ciel dans la tempête. "

J'ai cité il y a quelques instants le deuxième livre des Maccabées qui faisait mention d'une résurrection s'opérant après un jugement. À contrario, le quatrième livre des Maccabées pratique une relecture de la mort des sept frères. La foi en la résurrection qui les animait se transforme en la conviction que la vie éternelle et l'immortalité sont le lot des martyrs dès leur mort (4 Maacabées 7,1-3 ; 9, 21-22 ; 14,5 ; 15,3 ; 16,3 ; 17,12,18 - p. 1579). La conclusion de ce livre ne laisse aucun doute sur le sort des sept frères, je cite le verset 18 de l'avant dernier chapitre: " ils se tiennent maintenant près du trône divin et vivent la bienheureuse éternité. " Savoir que la datation du quatrième livre des Maccabées se situe aux alentours de la fin du 1° siècle après J.C. , alors que celle du 2° livre des Maccabées est quelque peu postérieure à 124 avant J.C.

Le concept, les théologiens emploierait le mot d'eschatologie (attente de la fin du monde) développée par l'auteur de 2 Maccabées est proche de celui du livre de Daniel et de celui professé par les pharisiens qui enseignent la résurrection corps et âme, des justes.

Ce rapide survol de la notion d'espérance d'une vie après la mort dans le judaïsme tardif nous permet de constater que cette idée a oscillé autour de deux conceptions :
Une conception temporelle de l'au delà avec résurrection des mort à la fin des temps.
Une conception spatiale de l'au delà selon le modèle d'une vie A Dieu que ne peut interrompre la mort ou dont la mort constitue l'accès (Vie à Dieu étant le lien avec Dieu de celui qui vit par lui, pour lui et en lui et qui n'hésite pas à mourir pour lui)

Ces deux conceptions loin de s'exclure se complètent, et il sera de même dans le 2° testament, en particulier les épîtres pauliniennes :
1 Corinthiens 15 évoque la résurrection des morts.
Romains 6, 9-10 chapitre portant l'intertitre suivant dans la T.O.B. : mort et vie avec J.C.

Pour aller plus loin :

- "Résurrection - l'après mort dans le monde ancien et le nouveau testament", dans Le monde de la bible 45, éditions labor et fides médiaspaul, Quebec, 2001

- "Le judaïsme à l'aube de l'ère chrétienne", éditions du cerf, 2001

J. R.