Union Protestante Libérale

 

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Questions de société

Assumer, reconstruire

Le Dr Jean-Maurice Salen nous communique un point de vue à propos des flambées de novembre. Il nous autorise à le publier.


Comment en ces journées de novembre, sans connaître encore l'issue immédiate des flambées de violence, ne pas évoquer ces évènements qui font douter la France d'elle-même ? Comment ne pas être interpellé, " simple " citoyen, éducateur, enseignant, parent, élu, responsable associatif, détenteur de l'autorité publique…quelque soit notre place dans ce pays ? Nous avons, société française, une fois de plus, rendez-vous avec l'Histoire…c'est à dire notre histoire, celle qui se construit tous les jours.
Une fois pour toutes ( ? ) sachons voir que la présence des enfants de l'immigration n'est pas le fait du hasard, ni la résultante d'une seule immigration " économique ". Ce sont les " liens " que nous avons noués, avec l'Algérie - que nous avions déclarée " française " jusqu'à la dramatique séparation de 1962, avec les anciennes colonies, avec les descendants des victimes de l'esclavage qui constituent, souvent dans le non-dit, la toile de fond, l'environnement psychologique des dizaines de milliers de jeunes de nos cités.
L'immigrant polonais, italien, kabyle des années d'avant guerre, avait un travail, dur le plus souvent, qui nourrissait une famille, installée en France ou demeurée au " pays ". Les " jeunes des cités ", d'une troisième génération, sont " d'ici " - dans un décor des années 1960 - orphelins de la culture de " là-bas " avec le sentiment, pour beaucoup, de rester en marge du travail, de l'intégration, de la re-connaissance des " Français " " d'ici "…
A cette fracture sociale - riches et pauvres - s'ajoute une fracture culturelle, civilisationnelle, ethnique, voire religieuse que la société française n'a pas vu venir, en dehors de cercles directement impliqués. Les enfants perdus qui se livrent à des actes inadmissibles ne peuvent faire la loi aux dépens d'abord de leurs familles, de leurs voisins, de leurs écoles. Rétablir l'ordre, mais sans injurier l'avenir, en commençant par renouer les mille fils du vivre ensemble de cités qui ne sont pas à stigmatiser mais d'abord à respecter.
A une situation qui rappelle celle des Noirs Américains, dans une ambiance mondiale où les pays du Sud demandent des comptes à l'Occident, nous avons le devoir, quelque soit notre place, de participer à cette construction d'une nouvelle société qui ne serait pas saccagée par le chômage, le mur invisible de l'exclusion élevé plus ou moins consciemment face à une société parallèle, à ces " nouveaux jeunes " devenus fantassins d'une fausse cause qui ne mène nulle part.
Assumer ce défi aura un coût, à prélever sur notre richesse nationale, un impact dans nos mentalités, dans un nouvel imaginaire collectif national à reconstruire. Relevons ce défi : la paix civile, la survie des valeurs dont nous sommes fiers en est l'enjeu.

Docteur Jean-Maurice Salen
11 novembre 2005

Quelle volonté citoyenne pour " plus " d'Europe ?

Un demi-siècle de construction européenne n'empêche pas qu'aujourd'hui des problèmes économiques majeurs fassent surface. La situation de l'emploi n'est pas brillante. Les perspectives d'avenir qu'ouvre la mondialisation pour les économies nationales européennes ne réjouissent pas.

Il est sain que le peuple bouge et que ceux qui veulent défendre les acquis sociaux réagissent. Mais à qui s'adressent-ils et contre quoi réagissent-ils ? Il est tentant d'incriminer l'Europe et de s'opposer à son évolution, puisque tous les efforts consentis jusque-là n'ont pas empêché les problèmes d'aujourd'hui.
On peut cependant se demander si l'angoisse qui s'exprime ainsi, ici contre la Constitution européenne à l'occasion du référendum, là contre un chancelier voisin à l'occasion d'élections régionales, n'empêche pas de cerner les vraies questions liées à l'Europe ?
On réagit contre l'Europe des technocrates ? C'est la seule qui existe !
Mais y a-t-il eu, jusque là, une volonté politique d'aller au-delà d'une Europe construite sur un mode de fonctionnement économique ? N'est-ce pas parce que l'Europe ne dispose pas d'un véritable pouvoir politique qu'elle n'a pas qu'un poids relatif sur l'échiquier international et n'a pas les moyens d'influer pour orienter différemment l'économie mondiale ?
Il faut bien convenir que les politiques nationales à elles seules n'ont qu'un poids relatif, qu'elles sont évidemment bien moins efficaces que ne pourrait l'être l'Europe.

La véritable question au sujet de l'Europe est alors : les gouvernements et les citoyens des pays de l'Union européenne veulent-ils donner à l'Europe un réel pouvoir politique ?
L'Europe qui sortira de la Constitution, si elle se trouve agréée, ne sera qu'une avancée relative sur la voie d'une entité plus efficace sur le plan mondial. Quelle volonté politique - citoyenne ! - permettra plus d'Europe ? Et dans quelle perspective s'inscrit cette évolution ? Voit-on, au bout de la lorgnette, le seul intérêt national - dans le sens d'une France plus forte ? Ou tient-on à inscrire l'évolution dans une perspective mondiale en nous demandant : Quelles règles de fonctionnement économique permettront à l'humanité de s'en sortir et voulons-nous les défendre ?
Curieusement, dans le débat d'aujourd'hui apparaît très peu le souci d'une société plus fraternelle, plus juste. Nos valeurs humanistes sont-elles à ce point mises à mal par le fonctionnement d'un monde qui mise tout sur le bonheur individuel, valeur motrice de la société de consommation ?

Il est temps que les politiques disent clairement quel type d'Europe ils veulent promouvoir, en disant quel monde ils proposent de construire. Mais aussi, et d'abord, les citoyens ! Et qu'ils disent aux politiques leurs choix. Qu'ils en débattent. Beaucoup et encore plus. La démocratie, en effet, a besoin de citoyens majeurs…

Ernest Winstein

 

Opinions :

Partager nos questionnements

Il me semble que ce soit une chance que de pouvoir partager ainsi nos questionnements, nos opinions, nos attentes et, pour ma part, là est la seule pertinence de ce référendum.

En relisant mes notes prises au cours du débat contradictoire sur le projet de Constitution européenne, je me rappelle que la salle de foyer était bondée (plus d'une soixantaine de personnes), qu'il était notable de faire le constat de la parité hommes - femmes ainsi que la représentative au niveau des générations d'ages.
Déjà acquis à une tendance cherchant soutiens et confirmations ou indécis en recherche de réponses, sympathisants, habitués ou curieux d'un soir, l'esprit respectueux de l'écoute de l'autre et la "bonne foi" régnait.
Force nous est de reconnaître que les donnes semblaient mélangées puisque l'on ne parle plus, dans le cadre de ce vote à venir, vraiment de droite ou de gauche… En effet, vu d'un œil européen, ces clivages s'avèrent remplis de nuances dues aux différences identitaires, et ainsi nous oblige à nous redéfinir sur ce qui serait important, fondamental pour nous.

Continuant de lire mes notes, je me rends compte que je n'ai rien consigné mais ai relevé systématiquement des contradictions que je transformais en questionnements.
Par exemple : à l'affirmation de Monsieur Henry, qui prône le " non ", des chiffres de 20 millions de chômeurs en Europe et 70 millions de personnes vivant dans la précarité, je notais ma question: Quel en est la répartition par pays... Est-ce que le fait qu'ils soient au sein de l'Europe ne leur donne pas une chance...Que leur statut change... Est-ce que le non au TCE isolerait, non seulement la France, mais aussi ceux-là ...du moins les écarteraient. En d'autres termes : à vouloir tout de suite réglementer des idéaux (comme ces deux mots sonnent mal côte à côte..) du dit traité pour nous protéger de l'ultralibéralisme et en exiger une orientation plus sociale et pour cela dire "non" revient aussi à rejeter une situation réelle, celle que nous vivons tous les jours - c'est-à-dire qui ne relève pas d'une utopie, une situation faite de compromis : l'intégration parmi nous de ceux qui sont en situation d'inconfort. Car c'est bien d'intégration qu'il s'agit, avec un souci réel de - art I-1 des objectifs du TCE - : "…promouvoir la paix, ses valeurs et le bien-être de ses peuples " et, art I-2 : "l'Union offre à ses citoyens un espace de liberté, de sécurité et de justice sans frontières intérieures …"
Ainsi : fini le polonais, le tchèque, l'espagnol, l'italien…immigré, sorte de sous citoyen qui mangerait le pain des français… (Fernand Reynaud), libre à lui de venir s'installer en France mais aussi de vivre confortablement chez lui !
Par conséquent la question se retourne en elle-même : N'y a t il quelque chose d'annihilant dans l'acte de voter non ?...
Annihilant le concept même de la validité des principes fondamentaux des droits de l'homme repris en ce TEC.
Annihilant l'abolition de la peine de mort - art II-62.2 : " Nul ne peut être condamné à la peine de mort, ni exécuté. "
Si on parle de préserver des acquis et tendre en nos valeurs vers le haut, alors ne faut-il pas à tout prix et d'abord garder ses valeurs ? Et ne se laisser aucune place au doute qui pourrait bien faire basculer dans le néant et l'oubli des fondements aussi essentiels que ceux-là ?

A la question "que se passe-t-il si le non l'emporte ?- sous entendant la révision du TCE- la réponse était des plus aléatoire : chacun a entendu parler d'un plan B- salvateur… (il me parait évident que si le plan B était meilleur que le plan A, il nous aurait été proposé à la place du plan A…)
Nous entendrons-nous sur le contenu du plan B ?
Les partisans du non seraient-ils assez unis dans l'adversité pour construire sur le non ? (art I-8 " …la devise de l'Union est : Unie dans la diversité " me semble plus positif…)
Bien que le soucis légitime de chacun de porter haut des valeurs et acquis sociaux soit louable, le non sanctionnerait, certes, la froideur toute technocrate et la texture si " juridistique " de ce texte mais il y a fort à craindre que " le bébé soit jeté avec l'eau du bain ".

A la question " que se passe-t-il si le oui l'emporte ?- sous entendant que les remous autour d'un tel texte ne pourraient pas laisser les politiques et rédacteurs indifférents…, le Sénateur Riess répondait : " bien sur que ce n'est pas inscrit dans le marbre !"
Et c'est bien là une évidence !
Car même les statuts et effigies de bronze ou de marbre ne restent pas longtemps sur leurs socles quand ce que nous avons de fondamental en nous est menacé.

Nous allons donc voter pour ratifier un texte qui se propose de construire des bases d'accords entre états souverains. Sans qu'eut lieu une guerre, sans qu'il eut lieu de renverser un régime totalitaire…cette responsabilité qui nous est donnée, en pleine conscience de notre liberté acquise, sera le reflet de notre engagement en notre largesse d'esprit.

Nathalie Leroy Mandart.

Travailler sous le signe de la liberté

Le "droit au travail" semble bien constituer une revendication majeure des citoyens de nos pays démocratiques dits occidentaux. Le projet de Constitution pour l'Europe mentionne un "droit de travailler". Le mouvement ouvrier du 19è siècle – la Fête du Travail du 1er mai s’en souvient – revendiquait quant à lui la nécessaire limitation du temps journalier de travail, compte tenu des conditions difficiles de l’activité industrielle. Le "sens" que l’on accorde au travail a donc évolué à travers les temps.

La société moderne contemporaine, dans son organisation politico-économique, se doit-elle de fournir du travail à tout le monde ? N'est-ce pas là une préoccupation majeure de tout gouvernement qui dit lutter contre le chômage ? N’était-ce pas aussi l'objectif vers lequel tendait la gauche lorsqu'elle s'efforçait de mettre en place les 35 heures, car y a-t-il une autre solution de donner du travail à tout le monde qu'en le répartissant ?

Aujourd'hui, l'érection du travail en symbole de l'insertion sociale du citoyen risque d'induire une sorte d'idolâtrie du travail en en faisant une valeur absolue. Celle qui ouvre toutes les voies, celle du statut social, des loisirs, du bonheur matériel. Pourtant, le travail en lui-même ne prend-t-il pas, de plus en plus, tournure de nouvelle forme d'esclavagisme ? Le rendement maximum, non seulement pour les travaux de production, mais aussi les services, caractérise l'organisation du travail d'aujourd'hui. Pour compenser la tension résultant des conditions de travail, les loisirs offrent à la consommation des services faciles à mettre en œuvre plutôt que d’appeler à la créativité ou à la concentration intellectuelle.
La question de la qualité du travail et de la qualité des loisirs se pose donc, mais se trouve immédiatement coiffée par celle du droit au travail. Pourtant la question de l’organisation du travail est intimement liée à celle de la conception du travail. L’exemple, absurde en lui-même, mais d’une incroyable désinvolture, de la proposition faite à des employés français de se délocaliser et d’accepter un salaire de misère montre bien que le sens donné au travail n’est pas le même suivant le point de vue où l’on se place. Les délocalisations si elles permettent peut-être provisoirement de sauver des entreprises, garantissent des retombées au plus petit nombre, au grand dam du plus grand nombre – ceux que le travail faisait vivre au quotidien ; ceux pour qui le travail bien fait était source de satisfaction, ceux qui contribuaient ainsi au tissus social dans un cadre local ou régional auquel l’on était fier d’appartenir. Enfin, comment passer sous silence le fait que les délocalisations font travailler des humains pour un rendement maximum, mais un salaire moindre. Dans l'abstraction, il s'agit d'une progression de l'esclavage humain, pendant que d'autres ici, se demandent à quoi ils peuvent bien "servir", au sens propre du terme et, finalement, quel est le sens de leur vie qui sera, à sa manière, faite de dépendance financière, si ce n'est de précarité ou de misère.
Chercherait-on une orientation éthique à notre problématique dans les écrits bibliques, nous constaterions que ceux-ci ne présentent jamais le travail comme une fin en soi : le travail est plutôt une astreinte - le « paradis » est l'endroit où l'on ne travaille pas! Mais lorsque Jésus rappelle que le jour de repos est fait pour l'homme, il souligne qu’il en va de la liberté et de la dignité humaines. Puisse notre conception du travail s’orienter à ces notions et aider à considérer le travail sous ses aspects positifs, constitutifs de la société, en le concevant comme un lieu de satisfaction et non d'esclavage.
Certes, concevoir le travail autrement signifie aussi le réorganiser, y compris en matière d'écart des revenus, et s'en donner les moyens. Si tel est l'objectif du plus grand nombre, c'est aussi le plus grand nombre qui doit s'en sentir responsable et y travailler - principe de base du fonctionnement d'une démocratie. Il va de soi que cette volonté s'exprime et se concrétise à tous les niveaux – national, européen et international.
Ernest Winstein (mai 2005)

 

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